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1926 ------ Découverte du moulin de Séronville par un enfant

Auteur : Patrick  Créé le : 26/04/2025 11:28
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Véritable hommage au moulin de son père (Jean), Etienne Gaullier (1921-2007), dans son livre « Mes souvenirs » nous propose, à travers ses yeux d’enfant, de découvrir et de visiter le moulin de Séronville, commune de Prénouvellon (41).

 

 

….On avait peur que j’aille au moulin à vent tout seul et un jour, en 1926, papa décida d’aller au moulin voir le meunier, et m’emmena.

Quand on arriva, le moulin faisait tourner ses ailes immenses. Il y avait 4 pales. Quand l’une touchait presque le sol, l’opposée, à la verticale, était au plus haut. C’était pour moi gigantesque. Le terrain sur lequel était le moulin était rond et entouré d’une haie. Sur le côté est, le terrain n’était plus rond. Il y avait un grand triangle avec une croix en bois scellée sur une énorme pierre ronde (voir figure 1 ci-dessous). Le triangle était ensemencé de légumes, c’était le jardin du meunier.

 

 

Le moulin était monté sur un pivot. Il avait une queue du côté escalier, qui arrivait au sol. Au bout de cette queue très proche du sol, il y avait une manivelle qui actionnait un treuil avec une chaîne qui servait à tourner le moulin pour orienter les ailes dans le vent. Quand le moulin était bien orienté, le meunier plaçait une grande « chèvre » sous la queue pour le caler et pour empêcher le moulin de se déplacer.

Maintenant on allait monter là-haut, dans le moulin, par le grand escalier. La première marche, je ne pouvais pas l’atteindre. Papa me souleva pour m’y poser. Après je montais à quatre pattes et suivi de papa, j’arrivais sur une grande plateforme ou je n’étais pas très rassuré, mais papa me prit par la main et nous entrâmes dans le moulin qui faisait de grands bruits.

 

 

Il y avait tout le mécanisme avec ces grosses boules qui montaient et descendaient. C’était le régulateur. Il y avait le bruit des meules qui écrasaient le grain, qui sortait devant moi dans des sacs, avec de la poussière.

Il y avait un bruit de charpente et l’on entendait tout ce bois qui se plaignait.

Sitôt un sac plein, le meunier l’attachait, le pesait et le roulait sur le bord de cette pièce. Au fond à droite, il y avait un petit escalier en colimaçon qui montait à l’étage supérieur où il y avait les meules qui étaient alimentées par le grain qui sortait de la trémie. A cet étage, c’était le centre des ailes. Il y avait le frein qui arrêtait la marche des ailes si on le serrait, ou qui « embranlait » les ailes si on le desserrait.

Les ailes étaient faites de voliges qui s’écartaient ou se repliaient suivant la force du vent et tout était actionné à cet étage supérieur. Les ailes entraînaient une énorme roue en bois faite de pignons en cormier, bois très dur. Cette grande roue entraînait tout le mécanisme du moulin, ça craquait sans arrêt. Je les ouvrais grands mes petits yeux, mais je ne pouvais tout voir ni tout interpréter… Ce moulin de Séronville, quel âge avait-il ? Quand avait-il été construit ? Par qui ? Ce que je sais aujourd’hui en 1996, c’est que sous le règne de Louis XIV, il était en pleine activité et que c’était François Bourgoin qui en était le locataire, et les Bénédictins de Bonne Nouvelle en étaient propriétaires.

Le moulin comportait deux paires de meules de 1,50m chacune de diamètre, alors que les autres moulins alentour n’avaient qu’une paire de meules de 1,80m de diamètre.

Le moulin de Séronville avait donc deux paires de meules, une pour écraser le blé et en faire de la farine, et l’autre pour la farine d’orge, ou autres, pour la pâtée des animaux. L’avantage de ces deux paires de meules était que le jour de peu de vent on pouvait tourner avec une seule paire, ce qui demandait évidemment moins de puissance. Pour la farine de blé, il y avait une bluterie avec un cylindre recouvert de soie pour séparer le son de la farine.

Ce moulin ne travaillait pas que pour la ferme. Il y avait une clientèle. Chaque jour, un homme avec un cheval et une carriole (la carriole jaune) livrait chez les clients, les farines demandées et rapportait les grains à moudre. Le moulin était équipé de treuils pour monter ou descendre les sacs dans la carriole. Ce moulin était une merveille pratiquement inusable avec un peu d’entretien. A l’époque de mon grand père Jules, c’était Anatole Coutanceau qui livrait la farine. Il avait été appelé le « Cassiquer » pour la raison qu’il demandait à boire un petit cassis, chez le client qui lui demandait ce qu’il désirait.

Mais si le vent manquait, le moulin croisait les ailes et attendait. Quand les clients attendaient, il fallait se débrouiller, alors papa me fit voir une poulie qui sortait du moulin et qui avait été installée pour remédier au manque de vent. Sous cette poulie, on installait une machine à vapeur que l’on reliait à la poulie par une courroie. Cela permettait de faire travailler les meules et d’écraser le grain. Ceci nécessitait un troisième homme, de l’eau et du charbon.

Quand les premiers moulins à vent furent construits, la vapeur n’existait pas. Le meunier habitait à quelques pas dans la maison du moulin avec sa femme et ses enfants. Si le travail était urgent, le meunier passait la nuit au moulin…

Doisneau, le dernier meunier, se pendit au moulin. Après cette pendaison, on plaça les ailes en croix, vertical et horizontal, pour marquer la mort du meunier. Quand le moulin ne travaillait pas, on plaçait les ailes en X, cela pour dire que le meunier se croisait les bras ou se reposait. Papa fit encore tourner le moulin avec Roncan, le chauffeur, quelques temps. Puis le moteur à explosion fit son apparition dans les fermes et le moulin s’arrêta définitivement.

Le moulin tomba à l’abandon. C’était un lieu de promenade et d’escalade pour nous, quand nous prîmes quelques années et aussi pour les enfants du pays. Papa s’en aperçut et eut peur que nous desserrions le frein, et que le moulin reprit sa marche avec toute sa mécanique. Alors il fit enchaîner le frein et le mécanisme que nous n’avons jamais pu neutraliser.

 

Le moulin agonisa et pendant l’occupation, papa eut la très mauvaise idée de détruire le moulin pour se chauffer, sans avoir eu l’idée de prendre avant, une photo souvenir.

 

 

 

Le moulin de Séronville ressemblait certainement à celui de Lignerolles (figure 2 ci-dessus)

 

 

 

Nota :

On apprend, grâce aux archives départementales du Loiret, le décès, le dimanche 14 Novembre 1677, vers minuit, de Marie Griveau veuve de Nicolas Denys demeurant au moulin de Seronville.

Vers 1800, la carte de Cassini (figure 3 ci-dessous) dénombre un seul moulin à Séronville. Puis, vers 1830, grâce aux archives départementales du Loiret, sur le plan « napoléonien » de Séronville  (voir figure 4 ci-dessous) apparaît un deuxième moulin.

Vue du moulin, au loin, sans ses ailes, pendant l’occupation (voir figure 5 ci-dessous).

 

 

 

 

Sources :

« Mes souvenirs » (Imprimerie COPIE 45 – Dépôt légal 3ème trimestre 2000)

Archives départementales du Loiret