Charsonville - Joseph Olivry (1872-1937) - Médecin en Cochinchine
Modifié le : 30/01/2025 11:02
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Une fois passée la grande porte du cimetière de Charsonville, le long de l’allée centrale, à gauche, un étrange et immense caveau trône (voir figure 1 ci-dessous). Il abrite depuis longtemps la sépulture de la famille Olivry-Chardon. Et parmi les inhumés, il y a Joseph Olivry, né le 13 janvier 1872 à Charsonville, médecin en Cochinchine, décédé à Louveciennes (78) le 17 février 1937.
J’ai voulu sortir de l’anonymat, d’abord Prosper, son père, incrusté dans la simple vie de notre village et ensuite, Joseph, son fils, qui a préféré chausser les « bottes de 7 lieues ». Ainsi, le présent article nous éclaire sur une partie de sa vie, vouée au service des autres, loin de son « pays ».

Prosper Olivry
Il était né à Bucy Le Roi (45) le 25/6/1841 et exerça toute sa vie la profession de vétérinaire à Charsonville, c'est-à-dire à partir d’environ 1866 (d’après le recensement il habitait en 1866 avec sa sœur, Octavie, âgée de 14 ans), jusqu’à son décès en 1916.
Prosper se maria avec Marie Chardon, née à Paris vers 1847.
Le couple eut plusieurs enfants : Marie Joséphine (1870-1873), Antonia (1871-1880), Joseph (1872-1937), Louis (1875-1875), Marie Franciska dit « Francisoue » (1876- 19/7/1911), Louise (1880-1880), Antoine (1881-1881) et 3 enfants « morts nés » en 1869, 1879, 1882.
Pour l’éducation de ses enfants, on apprend par les archives que Mme Olivry en 1872 avait emprunté à la bibliothèque de l’école de Charsonville, le livre « Amour filial, récits à la jeunesse », de Barrau, paru en 1868 ainsi que « le musée des familles – lectures du soir », l’un des tous premiers périodiques illustrés.
Malheureusement, le 25 septembre 1882, sa femme, Marie, décéda après avoir accouchée la veille, d’un enfant « mort né ».
7 enfants décédés, ainsi que sa femme, furent inhumés dans l’ancien cimetière situé autour de l’église actuelle. Lors de la translation de l’ancien cimetière, en 1899, la tombe de la famille Olivry fut déplacée de l’ancien vers le nouveau cimetière à l’emplacement actuel (emplacement 298, 299, 300), choisi par Prosper, comme nous le montre le plan de 1900 (voir figure 2 ci-dessous).

Prosper et Marie Olivry auront donc toujours vécu dans le bourg de Charsonville. Prosper a laissé peu de traces dans les archives départementales sinon qu’il était catholique et dévot car on apprend, dans les archives, qu’il jouait de l’harmonium dans l’église de Charsonville tous les dimanches et percevait 30 francs par an de la Fabrique comme organiste. De plus, en 1882, on apprend qu’il a abandonné à la Fabrique, l’argent qui lui est alloué, chaque année, depuis 1874 (date de l’achat du premier harmonium). Le total de cette somme représentait 240 francs et a permis d’aider la Fabrique à payer le nouveau autel en pierre (celui situé aujourd’hui dans le sanctuaire) et les nouveaux vitraux de l’église.
En mars 1911, quelques années avant son décès, Prosper vivait avec sa fille (Marie Eléonore Franciska nommée « Marie Eléonore Francisoue » sur la pierre tombale) et Yvonne Tardif, sa domestique. Il exerçait toujours la profession de vétérinaire à Charsonville en 1914 mais décèdera le 22/11/1916. Il fut inhumé dans l’actuel cimetière avec les siens.
Joseph Olivry
Sa jeunesse
Mais revenons à son fils, prénommé à son baptême, Joseph Charles Eugène Louis. Celui-ci demeure toute son enfance à Charsonville. Il y reçoit une instruction primaire près de l’instituteur M Girard. On ne sait pas si c’est son père qui le destine au métier de médecin ou si c’est son choix. Néanmoins, Joseph, après de brillantes études à Orléans, part à Paris pour poursuivre des études de médecine.
A 20 ans il est appelé au service militaire. Grâce à sa fiche militaire on apprend qu’il réside à Paris, rue Madame (6ème arrondissement). Il bénéficie d’une dispense conditionnelle au service militaire en vertu de l’article 23 de la Loi de 1889, puisqu’il est étudiant en médecine. En effet, après la loi « Freycinet » de 1889, le service militaire est réduit de 5 ans à 3 ans, tout en allongeant la durée totale des obligations militaires (active et réserve) a une durée de 25 années ».
Joseph réalise son service militaire d’un an dans l’armée active au 76ème régiment d’Infanterie, comme soldat de 2ème classe, du 11 novembre 1893 au 25 septembre 1894 date à laquelle il passe dans la « disponibilité de l’armée active ». Les appelés d’un an servent principalement dans l’Infanterie, l’Artillerie, le Génie. On ne compte pas d’appelés d’un an dans la Marine ou la Cavalerie.
Après son service militaire il continue ses études de médecine à Paris. Au cours de cette vie d’étudiant il réside à plusieurs adresses ; en 1894, Bd St Germain (5ème arrondissement), en 1895, rue Monge, (5ème arrondissement), en 1897 rue Le Verrier (6ème arrondissement).
A sa demande, il intègre la réserve de l’armée active et accomplit une période d’instruction dans le 131ème régiment d’Infanterie, basé à Orléans, du 24 Août au 20 septembre 1896.
A 27 ans, Joseph soutient sa thèse de doctorat en médecine, à Paris, le samedi 28 octobre 1899. Elle est publiée (figure 3 ci-dessous).

Après la présentation de son diplôme de médecin à l’Armée, il est nommé, dans la réserve de l’armée active, médecin auxiliaire de réserve, à la demande du directeur du service de Santé du 5ème corps à Orléans le 14 février 1899. Puis il est nommé médecin aide major de 2ème classe de réserve par décret du 3 septembre 1900 et il est mis à la disposition du général commandant le 5ème corps d’armée.
A la lecture de sa fiche militaire on comprend que son parcours ressemble à celui d’un militaire de carrière car il participe à un stage, sans solde, au 1er régiment de cuirassier (régiment de cavalerie) à Paris du 3 au 30 avril 1901.
Il part ensuite voyager en Afrique en juin 1900. Ce voyage sera très certainement un moment important pour la suite de sa carrière. Coïncidence, son père, l’année de sa naissance, en 1872, avait emprunté à la bibliothèque de l’école de Charsonville, le livre « Explorations en Afrique ».
Après son voyage, Joseph revient voir son père et sa sœur le 20 février 1901 à Charsonville avant de repartir à Paris ou il rencontre sa future épouse Mathilde Riquoir née le 6/2/1871 à Arleux dans le département du Nord.
Il est affecté au 231ème régiment d’Infanterie en Août 1903.
Joseph et Mathilde se marient le 2/7/1904, à Paris (2ème arrondissement) en présence de son père et de sa soeur. Joseph habite alors à Pantin.
On apprend qu’il est membre de l'action républicaine aux colonies, car, en 1906, il participe à un déjeuner mensuel du comité. En effet, les membres du Comité s’étaient réunis au café Cardinal à Paris à l'occasion de leur déjeuner mensuel, sous la présidence de M. François Deloncle, député, en l’absence de M. Paul Guieysse, député, président du comité.
Sa fiche militaire signale que la même année il est affecté dans l’armée coloniale par décision ministérielle du 24 octobre 1906.
1ère mission en Cochinchine
Il part donc en Cochinchine très certainement dans le cadre de la réserve de l’armée active. Le voyage de Marseille à Saigon passe par le canal de Suez (voir figure 4 ci-dessous) et dure plus d’un mois. Je ne sais pas si sa femme l’accompagne dans ce voyage.

Figure 4
Pour rappel, la Cochinchine était une ancienne région du Viêt-Nam méridional, qui s’étendait surtout sur le cours inférieur et sur le delta du Mékong. Conquise par les français de 1858 à 1867, la Cochinchine devint une colonie française, comprise dans l’Union Indochinoise, en 1887. Elle fut incorporée au Viêt-Nam en 1949. Cho Lon se situait dans la banlieue de Hô Chi Minh-Ville qui s’appelait jusqu’en 1975 Saigon, ville située au sud du Viêt-Nam. Gia Dinh était une des trois provinces de l’empire d’Annam (les habitants sont nommés les Annamites) conquises par les français en 1862.
L’arrivée, par bateau, à Saigon, était difficile d’accès. Voici ci-après un extrait d’un récit de voyage à bord du paquebot Tourane en 1907 qui l’affirme.
« Pour arriver à Saigon, il faut remonter la rivière Saigon (voir figure 5 ci-dessous) comme la ville qu’elle arrose. Ce n’est pas facile, il faut un pilote expert autrement on craindrait d’échouer à chaque pas. Cette rivière est très sinueuse ce qui fait que nous n’allons guère vite. Nous avons mis 5 heures pour faire les 90 kilomètres qu’il y a de la mer à Saigon. Enfin on approche, pendant une bonne demi-heure nous filons entre deux haies de bateaux, c’est vous dire que le port est très important.

Figure 5
Les témoignages de sa présence en Cochinchine sont rares. On apprend, à la lecture de divers documents, sa présence en Cochinchine en 1910 puis le 16 février 1911 on apprend qu’il demeure à Cho Lon-ville et assiste, comme témoin, au mariage d’un ami autochtone.
Il faut rappeler qu’au mois de janvier 1890, sur la demande de Pasteur, Albert Calmette, médecin du Corps de Santé militaire des Colonies, avait été envoyé en Indochine pour créer à Saïgon le premier laboratoire de microbiologie.
Or, vingt ans plus tard, Joseph Olivry a reçu la médaille d’honneur en bronze des épidémies en Indochine. Le Journal officiel de la République française du 13 juillet 1912 précise qu’alors qu’il était médecin des provinces de Cho Lon et de Gia Dinh (Cochinchine) et « qu’il n'a ménagé ni son temps ni ses forces dans des conditions particulièrement pénibles, pour assurer la protection de la ville de Saigon contre les épidémies de variole, de peste et de choléra en 1911 ».
2ème mission en Cochinchine
A 43 ans, il est placé hors cadres, dans la réserve de l’armée, par décision ministérielle du 11 Août 1915. Il quitte donc la Cochinchine et revient à Paris.
Mais, un an plus tard, il est réintégré, de nouveau, dans les cadres par demande ministérielle en date du 11 mai 1916. Il est rappelé le 13 juin 1916 en Cochinchine et affecté à l’Hôpital de Saigon en mai 1916. Pendant ce temps, son père meurt à Charsonville en Novembre 1916.
Il arrive, sous contrat, en Cochinchine comme médecin civil et prend la responsabilité comme médecin de la province de Cho Lon. La province de Cho Lon comprend à cette époque 15 Européens, 181881 Annamites, 4 Cambodgiens, 11 Laotiens et Tonkinois. 3043 Chinois, 1066 Minh-huong, 18 Indiens et Malais. Cho Lon était distant de Saigon de 5 kilomètres environ.
Joseph Olivry fait partie de la commission provinciale d’hygiène. Il est chargé des services d'assistance médicale de la province à Cho Lon. Il a avec lui, dans son service ; 3 infirmiers vaccinateurs et 6 sages femmes indigènes.
Le retour de Cochinchine
Il exerça, très certainement, la profession de médecin à son retour de Cochinchine. On ne connaît pas la date.
On apprend, par sa fiche militaire qu’à 47 ans et après « 25 années d’obligation militaire dans la réserve », il est « envoyé », par l’armée, en congés illimités le 18 janvier 1919.
Il décède en 1937, rue du maréchal Joffre, à Louveciennes et à sa demande il est enterré à Charsonville dans son village natal. Sa femme, Mathilde Riquoir, décédée le 29/10/1960 à Breuil Le Sec dans l’Oise, le rejoindra dans leur caveau.
Sources :
Archives Départementales du Loiret, des Yvelines, de l’Oise
Les Messageries Martimes
Entreprises-coloniales.fr
Le Loiret Généalogique
Gallica









