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Charsonville : La quête des œufs par les enfants de chœur

Auteur : Patrick  Créé le : 06/04/2025 17:38
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Bientôt Pâques !

C’est un très bref récit que je vous propose ci-après. Il vous rappellera peut être une tradition qui a disparue de nos villages de Loire-Beauce ; « la quête des œufs de Pâques par les enfants de chœur ».

A Charsonville, la collecte des œufs de Pâques ou/et de l’argent mobilisait tous les enfants de chœur du lundi au vendredi de la semaine avant le Dimanche de Pâques. Il s’agissait de se rendre dans chaque hameau, chaque maison, chaque ferme ainsi que dans le bourg pour y collecter les œufs. Il faut rappeler qu’à cette époque, la plupart des familles de la commune élevaient des poules pour leurs consommations personnelles.

 

La « charge » d’enfant de chœur est « récente ». Elle est apparue au début du 19ème siècle.

C'était souvent après la première communion que les jeunes garçons pouvaient rejoindre le groupe des enfants de choeur, dans l'année de leurs 9 ans.

Cette charge durait normalement jusqu'à la fin des études à l'école élémentaire, c'est-à-dire jusqu'à 14 ans. Et après les années 1965, jusqu’à la fin du collège d’enseignement général (CEG).

Les grands enfants de choeur chaperonnaient les plus jeunes pendant la période de l'apprentissage. Dans le groupe des enfants de chœur il existait une hiérarchie et donc un "chef" des enfants de chœur pour diriger le groupe (c’était toujours le plus âgé).

A mon époque, à Charsonville, nous étions au total 6 enfants de Chœur.

 

La collecte se déroulait pendant la semaine des vacances scolaires de Pâques. Cette coutume disparaîtra vers 1974 avec l’arrivée des vacances scolaires de Pâques qui ne correspondaient plus au calendrier des fêtes pascales.

La première collecte des œufs à laquelle j’ai participé date de Pâques 1968.

Deux semaines avant Pâques nous nous rendions à la salle des fêtes du Presbytère pour fleurir le grand panier d’osier qui nous permettait de transporter les œufs que les habitants voulaient bien nous donner lors de notre passage. Et nous dressions des tables, confectionnées avec des tréteaux et des planches, sur lesquelles nous disposerions, tous les soirs, à notre retour, les œufs de notre collecte du jour.

Ce grand panier en osier était transporté grâce à un bâton fixé à son anse que tenaient, à ses extrémités, deux enfants de chœur. Le panier était décoré avec des fleurs en papiers crépons et du vrai lierre.

Ensuite le curé PORTHEAULT (1890-1984) nous réunissait dans l’église autour de l’harmonium. Nous répétions, sous ses ordres, et avec M Boucheron à l’harmonium, la chanson des enfants de Chœur que voici :

 

Chrétien chantons le Dieu vainqueur

Fêtons la Pâque du Seigneur

Acclamons le d’un même cœur

 

Alleluia, Alléluia (bis)

 

N’oubliez pas les enfants d’chœur

Qui chantent les louanges du Seigneur

Un jour viendra

Ou Dieu vous le rendra

 

Alléluia, Alléluia (bis)

 

 

Pour nous, chaque matin, de cette semaine d’avant la fête de Pâques, était un bonheur et une aventure.

Les 6 enfants de chœur se donnaient rendez vous au presbytère chaque matin et nous partions à pied. Notre périple (25 km au total dans la semaine) était bien défini :

 

- Lundi matin : Nous prenions, au bout de la route du cimetière, le chemin qui nous conduisait directement à la ferme de Mortelle. Puis nous « visitions » les hameaux de Montapeine et Villorceau en passant par la ferme de Villeray et la maison de la Caporale.

- Lundi après midi : une partie de Charsonville (la Vendrée)

- Mardi : par la route, et toujours à pied, la partie du hameau de Chandry qui appartient à la commune de Charsonville.

- Mercredi : les hameaux de Chevenelle et Vilaine.

- Jeudi : Par la route, le hameau d’Ourcis, puis nous empruntions le chemin en direction de la ferme du Grand Meslon, arrêt au petit Meslon pour prendre notre déjeuner sous le hangar dans la paille et enfin le hameau de Villemain.

- Vendredi : nous finissions par les maisons du bourg de Charsonville.

 

Dans cette semaine, il y avait souvent, avec la fatigue de la marche, des frictions entre nous pour savoir qui porterait le panier rempli d’œufs car il devenait lourd à la fin de la journée et même si nous le portions, à tour de rôle.

Dans chaque maison visitée, nous nous mettions à genoux pour chanter "la chanson des enfants de choeur" répétée la semaine d'avant. Après quoi, la mère de famille nous félicitait et nous donnait des œufs et/ou de l’argent. L’argent était donné au chef des enfants de Chœur.

Rares étaient les personnes qui ne voulaient pas nous faire rentrer chez elles. Même les quelques « parisiens » du village trouvaient cette coutume « originale ».

Après notre quête de la journée, et un panier bien rempli, nous allions dans la salle des fêtes du Presbytère, pour ranger les œufs sur les tables. Nous étions fier et heureux d’avoir autant d’œufs et d’argent. Le curé assistait chaque soir à notre arrivée. Le dernier jour de la collecte, avec le curé, nous faisions le partage des œufs et de l’argent.