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Epieds-en-Beauce - Le Prieuré de Saint Georges à Saintry - 2ème Partie

Auteur : Patrick  Créé le : 26/07/2025 11:46
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Description de l’ancienne chapelle

Il faut noter que le bâtiment actuel, désigné « la chapelle », est le seul bâtiment de la ferme de St Georges qui soit orienté (80°). L’ancienne chapelle est implantée sur une hauteur (altitude 123m). Elle représente un simple quadrilatère (environ 22m par 7m de largeur) sans contreforts aux angles. Ce qui est étonnant à l’extérieur, comme à l’intérieur, c’est la présence visible, d’éléments d’architecture d’une chapelle dont rien ne prouve, pour l’instant, qu’ils soient en place. Nous sommes confrontés à une énigme architecturale que seule une expertise plus poussée pourra démêlée.

Cependant, voici, ci-après, la description et des photos des principaux éléments de la chapelle dont certains nous interrogent.

  • En 1998 on apercevait des fondations en pierre, formant un rond vers l’est de la chapelle, qui pouvait évoquer la présence d’un très ancien moulin démoli avant 1670 ou d’un pigeonnier car l’abbaye de Tiron avait droit de Haute Justice.
  • La trace d’un mur au sud de la chapelle, signalée en 1998 par M Faucheux, correspond peut être à la délimitation du jardin du prieuré vue sur le plan napoléonien.
  • L’ancienne chapelle est pourvue sur le mur nord (côté cour) d’une petite porte avec un linteau en accolade de l’époque de la fin de la Renaissance (17ème siècle). Réemploi ou d’origine ?

 

Côté est (voir figure 7 ci-dessous), le chevet est plat. On aperçoit une baie plein cintre, sans appareillage, condamnée et bouchée par des pierres de toutes formes. Il est possible que les ouvriers de la ferme aient récupérés les belles pierres de tailles de la baie avant de combler cette ouverture par des pierres et un enduit de ciment pour cacher le tout. En effet, ce travail n’a pas été réalisé par un maçon car l’enlèvement, sans précaution, des pierres de la voûte, des jambages et de l’appui a occasionné un affaissement du mur. La baie est haute et prouve que la charpente de la chapelle pouvait être visible de l’intérieur. Cette baie du chœur devait avoir un vitrail. On voit encore les trous d’échafaudage (trous de boulins) pour construire le pignon.

Au début du 20ème siècle, le terrain derrière la chapelle, côté sud (Charsonville) a été nivelé sur environ un mètre en hauteur. C’est pourquoi à cet endroit les fondations de l’ancienne chapelle paraissent hors sol.

 

Sur le mur sud à l’extérieur il y a une baie avec appui, jambage et linteau en pierres taillées bouchée (voir figure 8 ci-dessous). Cette baie est visible de l’intérieur de l’ancienne chapelle (voir figure 9 ci-dessous).

 

 

 

On a l’impression que suite à des circonstances aujourd’hui inconnues, des pierres, situées à l’intérieur de la chapelle, notamment celles travaillées, ont été éparpillées. Par exemple en 1853 M Guérin signalait qu’on pouvait apercevoir, dans une bergerie de la ferme, des fragments de sculptures dans une bergerie qui était autrefois la chapelle du prieuré. Et plus tard, M Faucheux a trouvé en 1955, un bénitier et un chapiteau en pierre dans le mur de clôture de la cour, qui allait de l’angle arrière de la maison d’habitation au coin de la chapelle. Ces deux pierres sont restées exposées devant la maison et ont malheureusement gelé.

Par la baie condamnée aujourd’hui, sur le pignon en direction de l’est les moines voyaient se lever le jour. A la gauche de l’autel il avait un placard eucharistique simple, fermé par une porte en bois. Ce placard servait à la conservation des reliques (voir figure 10 ci-dessous) et à la droite de l’autel une piscine liturgique (voir figure 11 ci-dessous).

Aujourd’hui la piscine est située trop en hauteur pour servir. L’autel était donc installé sur une estrade comprenant au moins deux marches. Ainsi le prieur pouvait célébrer la messe et utiliser la piscine liturgique qui était en général à une hauteur de 60cm par rapport au sol.

 

La piscine liturgique apparaît dans les églises à partir de la fin du 12ème siècle. Elle était une partie indispensable des églises et des chapelles. Elle était prise dans l’épaisseur du mur côté sud, proche de l’autel et à droite de l’officiant. Celle de la chapelle de St Georges est d’un style simple, creusée dans le mur de pierre. Elle était destinée à recevoir l’eau qui avait servi à laver les vases sacrés, et à purifier les mains du prêtre quand il donnait la communion. On jetait cette eau dans une petite cuvette d’où elle sortait ensuite, soit en se répandant dans l’épaisseur du mur, soit en allant tomber à l’extérieur.

Ordinairement il y a deux cuvettes et quelquefois une. Les piscines à cuvette unique étaient destinées seulement à recevoir ce qui reste du vin ou d’eau dans les burettes, après l’office de la messe. Quand il y avait deux cuvettes (comme par exemple dans l’église de Charsonville), l’une était exclusivement destinée à cet usage et dans l’autre on devait verser l’eau qui avait purifié les mains du prêtre et les calices.

 

 

La vie des moines au prieuré

La vie religieuse du prieuré obéissait à la Règle de St Benoît. Par conséquent, on peut supposer que le prieuré était habité par un groupe de deux ou trois moines car depuis le 4ème Concile de Latran en 1215, il avait été défendu de laisser un moine seul dans un prieuré. En 1115 on les appelait « les moines gris de Tiron ». Le responsable, nommé par l’abbaye de Tiron, était appelé « prior » (en latin, le premier) et il célébrait la messe et les offices. Il participait chaque année à une réunion d’organisation à Tiron.

Selon la règle de St Benoît, les moines du prieuré dormaient chacun dans un lit à part. Ils couchaient tous dans la même pièce. Une lumière éclairait le dortoir sans interruption jusqu’au matin. Les moines dormaient vêtus afin d’être toujours prêts.

Après le décès ou le départ d’un moine, le nouveau moine provenait soit de l’abbaye de Tiron, d’un autre prieuré ou était recruté sur place à la suite des vocations suscitées par le prieur.

Le moine décédé au prieuré était enterré dans le cimetière qui devait être situé autour de la chapelle ou dans la nef de la chapelle.

Le jardin était important pour les moines, car ils leur permettaient, entre autres, de cultiver des légumes. Dans le même ordre d’idées, il faut ajouter la vigne. On connaît la quasi-nécessité dans laquelle se trouvaient les moines de cultiver la vigne pour des motifs liturgiques ainsi que pour l’accueil des voyageurs et des malades. Le goût de l’époque du Moyen Age donnait une préférence au vin blanc. On buvait le vin de l’année, un vin de 6 ou 7 degrés d’alcool.

Par les vitraux du chœur de la chapelle, les moines voyaient, à la belle saison, se lever le jour. C’était l’office de Laudes. Mais, ce n’était pas le premier de leur journée. A deux heures du matin, ils s’étaient déjà levés pour chanter « matines ». Après la messe, vers 9 heures, la journée de travail commençait pour les moines. Car en dehors des offices de prières, le travail manuel était le point central de la vie des moines du prieuré de St Georges.

Malheureusement on ne sait rien sur la gestion et la vie économique du prieuré de St Georges. Le prieur avait mis certainement en place une organisation dans la mise en culture des terres pour augmenter le rendement. Par la force des choses et les nécessités matérielles les moines étaient de véritables administrateurs comme n’importe quel propriétaire laïque possédant des terres et une métairie. Comme tous les bénédictins, les moines du prieuré de saint Georges ne pratiquaient pas le faire-valoir direct mais le fermage. Les terres, possédées par le prieuré, apportaient une rente annuelle au prieuré qui était reversée en partie à l’abbaye de Tiron.

 

 

La croix aux Prieux

Il existe, entre le bourg de la commune de Charsonville et Saintry, une croix nommée « la croix aux prêtres » (voir figure 12 ci-dessous). Celle ci s’appelait autrefois « la croix aux Prieux » (voir figure 13 ci-dessous). Pourquoi ?

 

 

Dans notre patois de Beauce, le « r » à la fin d’un mot ne se prononce pas. Le géomètre d’Orléans, en 1670, avait été certainement aidé par des paysans, pour situer les parcelles et dresser ce plan, car il a écrit sur son plan la croix aux « Prieux » alors que le notaire dans son acte de vente l’a nommée « croix au prieurs ».

C’est peut être après la création du prieuré de St Georges qu’une croix fut implantée à l’intersection du chemin de Charsonville à Saintry et du « Grand chemin » de Meung à Châteaudun. Le « Grand chemin » devait peut être signaler la limite physique entre les deux paroisses de Charsonville et d'Epieds. Cette croix rappelait à la fois aux pèlerins ou aux voyageurs qu’ils étaient dans un « pays chrétien » et qu’un monastère était là pour les héberger ou les soigner si nécessaire.

Pourquoi «la croix aux prieurs » et non « la croix aux moines » ? Ainsi, non loin du prieuré de St Georges, au nord de Binas à Prénouvellon, il existe des parties d’un chemin nommé « chemin des moines » sur la carte IGN. L’explication vient qu’au Moyen Age, les prieurés étaient souvent désignés par ceux qui les dirigeaient (les prieurs) et les actes citaient les prieurs et excluaient les moines. De plus, il faut rappeler qu’au Moyen Age tout le monde avait la foi et que les chemins voyaient sans cesse passer des pèlerins et des moines.

A partir du plan levé de Charsonville en 1670 il est aisé de réaliser un schéma des principales voies de communication qui existaient à proximité du prieuré de St Georges.

 

 

Les différents prieurs et commendataires

 

1135 : Christianus

1146 : David de Cintreio

 

1489 : Renaud Musset, prieur de Saint-Georges de Saintry, participait le 17 juin 1489, à la réunion des prieurés à l’abbaye de Tiron. Plus tard, Renaud Musset sera nommé prieur à Oisème (Prieuré de la Madeleine d'Oisème à 28300 Gasville).

 

1738 : l’abbé Antoine Charles de Lesdiguière, chanoine de St Thomas du Louvre puis de St Louis du Louvre à Paris était prieur commendataire du prieuré de St Georges L’église St Thomas du Louvre s’écroula en 1740. Elle fusionna avec l’église St Nicolas du Louvre, sa voisine. Mais St Nicolas était trop petite et il fut décidé de construire une nouvelle église fusionnant les deux sous le vocable de St Louis du Louvre. Cette église a été détruite en 1811.

 

1750 : François Pluyette, chanoine honoraire de St Louis du Louvre, était prieur commendataire du prieuré de St Georges. Vers 1750, le bénéfice du prieuré de Saint Georges s’élevait à la somme de 615 livres.

 

1768 : François Pluyette, chanoine honoraire de St Louis du Louvre. En 1790, le chapitre de St Louis du Louvre était composé de 22 chanoines. Il déclarait un revenu de plus de 98500 livres grâce à des terres situées à Rambouillet, … et la ferme de St Georges. Saint Georges appartenait donc au chapitre de St Louis du Louvre depuis 1738.

 

1789 : Agnan Benoist de Bonnière, chanoine de St Aignan d’Orléans, baptisé église Ste Catherine le 17/6/1753 à Orléans, prieur commendataire du prieuré de St Georges.

 

 

Conclusion

Je pense qu’une expertise du bâti (pierres, charpente,…), voire l’approche archéologique (emplacement du cimetière, fouilles…) et une prochaine visite de l’ancienne chapelle (visite du grenier, de la partie côté ancien porche…) permettraient de compléter sa description et enrichir considérablement les données d’une étude historique sur le prieuré de Saint Georges à venir. Car selon Marc Bloch, le passé est « par définition une donnée que rien ne modifiera plus […], mais la connaissance du passé est une chose en progrès qui sans cesse se transforme et se perfectionne ». De même, selon les historiens, on ne peut pas tout connaître du passé et on utilise, pour l’écrire, des fragments de connaissances. Et parfois, on doit tenter de construire l’information manquante et recourir à une multiplicité de documents et de démarches différentes ou hypothèses. Ainsi, ce document, qui retrace l’histoire du prieuré de St Georges à Saintry, est loin de fournir des informations homogènes et complètes mais il me semble que j’ai un peu complété l’énorme travail réalisé par Claude Faucheux il y a plus de 25 ans déjà. De plus les hypothèses que j’ai exprimées sont celles qui me semblaient être les plus proche de la réalité.

 

Enfin, on ne peut achever cet article, sur le prieuré de Saint Georges, sans rappeler la mémoire de ceux (propriétaire et exploitants) qui sauvèrent l’ancienne chapelle de la ruine depuis le début du 19ème siècle jusqu’à aujourd’hui.