Epieds-en-Beauce - Le Prieuré de Saint Georges à Saintry - 1ère Partie
Les Frères ?
Il y a des moines chez vous ?
Assurément, ou plutôt de vrais chanoines ; ceux de l’abbaye de Tyron, enfants de saint Benoît...
Par nos bottes ! Si vous voulez être moine, vous serez bientôt mon supérieur ; car, je n’en doute pas, avant la Pentecôte, nos frères s’entendront pour vous élire abbé…..

Extrait du « Roman de Renart » (vers 1200).
Là où se dresse aujourd’hui la ferme de St Georges (voir figure 1 ci-dessous), au sud du hameau de Saintry (commune d’Epieds-en-Beauce), s’élevaient autrefois un prieuré et une ferme appartenant à l’abbaye de Tiron (aujourd’hui commune de Thyron-Gardais). C’était ici que vivaient quelques moines bénédictins. Bien que ce modeste monastère n’existe plus, l’exploitation agricole est toujours en activité et le corps de ferme abrite encore l’ancienne chapelle.
C’est l’histoire de ce prieuré qui a été créé au 12ème siècle et fut abandonné par les moines entre 1715 et 1765 que je souhaite vous exposer dans cet article qui est un résumé de mon document plus complet remis à M Faucheux.
J’exprime tous mes remerciements à M Yves Faucheux qui m’a transmis un document historique sur la ferme et le prieuré de Saint Georges qu’avait réalisé son frère Claude Faucheux en 1998. Ce document remarquable et passionnant m’a permis de réaliser, en grande partie, cet article.

Saintry : domaine royal ?
Les seigneurs de Saintry et d’Epieds, participèrent probablement, vers 1097, à la « croisade des barons » conduits par Godefroi de Bouillons et qui se terminera en 1099 par la prise de Jérusalem par les chrétiens. Au retour de cette croisade, il semblerait que le seigneur du château d’Epieds aurait pris fait et cause pour le seigneur de Meung-sur-Loire (Léon II de Meung ou Léonet) contre le roi de France. Ce seigneur avait profité des troubles de la fin du 11ème siècle, pour s’emparer de Meung et de son château qui dépendaient du domaine de l’évêque d’Orléans Jean II. On sait que le futur roi avait commencé à purger le domaine royal des seigneurs pillards dès la fin du règne de son père. Ces seigneurs « dévoraient toutes les terres ecclésiastiques du pays ». Ainsi vers 1100, dans une guerre de territoire, la région de Loire-Beauce était sillonnée par des troupes guerrières seigneuriales qui s’en prenaient aux différents « châteaux».
Ainsi, vers 1103, l’évêque d’Orléans sollicita l’aide du roi Philippe 1er pour reprendre son domaine de Meung. Le souverain chargea son fils, le futur Louis VI (1108-1137), d’assiéger le domaine. Léon II et ses hommes d’armes se réfugièrent dans la tour du clocher de l’église collégiale. Mais les troupes royales mirent le feu dans la tour, obligeant les défenseurs à se jeter de son sommet pour échapper aux flammes.
En représailles, le futur Louis VI rasa le château de Meung et ceux de ses amis. Le château d’Epieds serait parmi ceux rasés. L’histoire retiendra que durant son règne, Louis VI agrandira son domaine de plusieurs châtellenies de l’Ile De France dont probablement la seigneurie de Saintry.
Une donation royale
Avec St Martin (316-397) s’ouvrit une longue liste des hommes qui allaient couvrir la Gaule de monastères de différents Ordres.
L’ordre bénédictin trouve son origine dans la règle rédigée par saint Benoît de Nursie (Italie). St Benoît est mort vers 547 (en 672, un moine de Fleury-sur-Loire ramène ses reliques). L’application de cette règle connaît un succès considérable dans une grande partie des monastères qui se développent dans l’occident médiéval et sa règle s’imposa partout par sa modération et sa facilité d’adaptation. St Benoît énonça l’oisiveté comme « ennemie de l’âme ».
La Règle bénédictine divise la journée du moine en 3 parties ; consacrées à la prière, au travail et au repos. L’office est célébré 7 fois par jour et une fois pendant la nuit. C’est pourquoi leur devise est « Ora et Labora » (prie et travaille).
Plus tard, l’empereur Charlemagne imposa à tous les monastères de son royaume la règle de St Benoît et son fils, Louis Le Pieux, décida que tous les moines de l’empire franc seraient bénédictins.
Mais, après le règne de Charlemagne, le royaume franc allait être victime d’invasion et de pillage par des peuples venus d’Europe. Face à ces invasions les monastères résistèrent. Ils devinrent les garants de la civilisation et de la spiritualité. Vers l’an 950, ces invasions cessèrent. Les communautés monastiques allaient pouvoir enfin prospérer. En effet, au Moyen Age, le monachisme était un idéal de vie qui se développa en Occident. Car, pour les hommes du 10ème siècle, il était important de « faire son Salut » ; c'est-à-dire de prier afin de gagner la vie éternelle. Les personnes qui choisissaient ce mode de vie étaient appelées des moines (hommes) ou des moniales (femmes).
Et c’est un bénédictin ; St Bernard de Ponthieu (1046-1117) (voir figure 2 ci-dessous) qui fonda en 1114 une abbaye à Tiron (Il ne sera canonisé qu’en 1861). Cette abbaye était située à 15 km environ à l’Est de Nogent-le-Rotrou.

La réputation du futur St Bernard augmenta telle qu’un de ses plus fervents admirateurs fut Henri 1er, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Le roi de France, Louis VI le Gros, eut le même désir que Henri d’Angleterre de rencontrer St Bernard. Ce dernier se rendit donc à la Cour de France et l’Histoire retient que le roi fut si content de son entretien qu’il lui fit présent de terres à Saintry sur lesquelles l’abbaye de Tiron allait pouvoir implanter un nouveau prieuré.
Si nous sommes si bien renseignés sur la fondation du prieuré de St Georges c’est que les détails, de la charte du don de terre par le Roi Louis VI, sont contenus dans le cartulaire de l’abbaye de la sainte Trinité de Tiron. Voici ci-dessous la traduction du texte en latin réalisée par Claude Faucheux.
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité, au nom du Christ, moi Louis, par la miséricorde venue de Dieu, sublime dans le royaume des Francs, je veux faire connaître à tous ceux qui portent soin à la sainte Eglise de Dieu, comme remède à la mémoire de mon père et de ma mère et de nos prédécesseurs qu’il convient que je donne une aussi grande quantité de terre de quatre charruées aux frères au service de Dieu de l’église de Tiron auprès de notre ferme qui est appelée Cintry et que je leur concède perpétuellement cette possession. Vraiment sitôt que cela persévère éternellement réglé et consolidé, j’ordonne qu’il soit fait immédiatement une carte solide et sûre avec notre sceau autorisé, que cette largesse soit connue de tous (littéralement ; qu’il soit exposé ouvertement cette charité) et qu’il existe une garantie de stabilité. Nous concédons à ces moines la forêt de Meleray en vue de l’hospitalité et du chauffage. Ceci a donc été fait l’an 1115 après l’incarnation du Seigneur, la septième année de notre règne, Adélaïde première Reine, les résidents du palais sont nommés et ils ont signés… ».
Les mots employés dans le texte ci-dessus nous apprennent les faits suivants :
Le Roi, pour honorer la mémoire de ses parents et de ses prédécesseurs, se devait de faire un don exceptionnel et donc de donner une quantité de terre aussi importante aux frères de l’abbaye de Tiron. Cette terre de quatre charruées (carrucis), soit environ 70 à 80 hectares, était située près de la ferme de Saintry appartenant au Roi. A cette époque les petites surfaces étaient cultivées à la bêche. Les terres qui étaient cultivées à la charrue étaient des terres en corps de ferme partagées par tiers (blé, mars, jachères). Les quatre charruées appartenaient donc à une ferme du Roi. Le texte nous apprend aussi que le nom de Saintry désignait donc à cette époque le nom d’une grande ferme, entourée de ses terres et autour de laquelle il y avait certainement quelques habitations abritant les ouvriers.
Cette terre de 4 charruées était apparemment d’un seul tenant car elle était située « auprès de notre ferme » et non en plusieurs parcelles dispersées sur le territoire de la paroisse d’Epieds. Cette disposition de pièce unique était fréquente dans le cas d’une ferme isolée (comme par exemple à Charsonville pour les terres des fermes de Meslon, Villeray, Mortelle…).
Le domaine de la ferme de Saintry devait être très important pour supporter l’amputation de 70 ou 80 hectares de terres cultivables au profit des moines.
Cette terre de 4 charruées était partagée en deux parties ; une partie pour l’implantation du prieuré, même si le mot « prieur » n’est pas écrit dans le texte en latin, et une partie à cultiver.
Ce don ne comprenait donc pas de bâtiment déjà construit. Le don sous entend que les bâtiments (ferme et prieuré) étaient à construire par les moines. Le roi accorda aux moines un droit sur la forêt de Meleray pour l’hospitalité (les voyageurs pouvaient dormir à l’abri sous un toit dans une hôtellerie) et le chauffage (les voyageurs seraient protégés du froid). Cette ancienne forêt devait se situer à proximité de Saintry (peut être Melleray dans la commune de St Denis en Val ?).
Avec ce don de terres, l’abbé de Tiron devait nommer un prieur, à la tête du futur prieuré de St Georges, qui devait être expérimenté dans la gestion des terres et des biens. Le futur prieuré de St Georges allait donc dépendre économiquement et spirituellement de l’abbaye de Tiron.
Un fait très important ; le mot « prieuré » n’est jamais évoqué dans le texte en latin et encore moins le nom de St Georges. En effet, on sait qu’il faudra attendre le 13ème siècle pour voir la consécration du terme « prioratus » (prieuré). De plus, même si le culte de Saint Georges connaissait déjà un succès, parmi les chevaliers français et anglais, depuis le 11 et 12ème siècle et ce probablement grâce aux croisades car il était érigé en modèle du chevalier chrétien, défenseur de la foi contre le démon, le nom de St Georges pour désigner le prieuré n’apparaîtra que vers 1489. En mémoire de ce lieu chrétien, Mme veuve Pitou (propriétaire de la ferme de St Georges) fera don, à la reconstruction de l’église d’Epieds en 1830, d’un très beau vitrail représentant St Georges que vous pouvez admirer dans le chœur de l’église.
Le premier don fait à l’abbaye de Tiron par le Roi de France intervenait la même année que celle de son mariage, en mars 1115, avec Adélaïde de Savoie, après l’annulation de son premier mariage avec Lucienne de Rochefort et 7 ans après son sacre dans la cathédrale Ste Croix à Orléans.
Le prieuré se trouva donc construit hors du centre du hameau actuel de Saintry (voir figure 3 ci-dessous). Cependant, la création du prieuré de St Georges a certainement attiré par nécessité une population « d’ouvriers agricoles », qui s’implantèrent à proximité du prieuré et furent peut être à l’origine de la création du hameau appelé « Lavau », ce qui signifie « Vallée ». En effet, à cet endroit le terrain forme une petite vallée d’un dénivelé de 2 à 3m environ en direction de Mortelle.

Il est également important de signaler que, non loin du monastère, et à peu près à la même période où fut créé le Prieuré de Saint Georges (1115), un prieuré-cure apparaissait à Charsonville. En effet, vers 1140, l’abbaye de Beaugency envoya quelques moines, dépendant des chanoines réguliers de l’ordre de Saint-Augustin, à Charsonville, pour y implanter un prieuré-cure dédié au service paroissial. L’abbaye de « Baugency » (qui deviendra au 19ème siècle « Beaugency ») fit construire, sur une terre seigneuriale, au centre du bourg de Charsonville, une église en pierre avec baptistère et implanta un cimetière autour de cette église ; une simple église sous le vocable de Saint Martin (S Martini de Charconvilla). Contrairement au prieuré simple de St Georges qui avait à sa tête des moines avec uniquement des missions économiques, comme la gestion de la nouvelle ferme et des terres, les moines du prieuré-cure de Charsonville avaient la charge des âmes de toute la paroisse.
Le prieuré au fil des siècles
Le prieuré de St Georges était lié à l’abbaye de Tiron qui prospéra et rayonna, à son apogée, sur environ 22 abbayes sœurs et plus de 100 prieurés en France et en Angleterre. La richesse de l’abbaye provenait de ses nombreuses abbayes et de ses nombreux prieurés comme celui de St Georges qui devait commercer. En effet, M. Guérin (laboureur à St Georges à partir de 1822, puis propriétaire) avait trouvé en 1852 dans des fouilles près des bâtiments de la ferme plusieurs objets anciens ; Un sceau en plomb du pape Clément IV (1265-1268), un denier de Jean III, duc de Bretagne (1312-1341), un denier des comtes de Sancerre, à la légende : IVLIVS CESAR[1]SACRVM CESARIS, une obole de Louis VII ou Louis VIII, roi de France, trois petits bronzes romains.
Mais l’abbaye de Tiron devint si riche que la longue lignée des abbés réguliers s’éteindra au milieu du 16ème siècle avec la création d’un nouvel ordre de gestion ; celui des abbés commendataires. En effet, vers 1550, l’abbaye de Tiron fut donnée par le roi de France, en Bénéfice, à des personnages étrangers à la Congrégation de St Bernard, souvent mêmes laïcs. Les abbés commendataires percevaient, à leur profit, les 2/3 des revenus et laissaient la direction religieuse à un abbé. Le premier abbé commendataire fut le cardinal Jean du Bellay. Douze abbés commendataires allaient ainsi se succéder jusqu’à la Révolution et la fermeture de l’abbaye de Tiron vers 1791.
Déjà affaiblie par la concurrence des ordres mendiants au 13ème siècle, (on note qu’il n’y avait plus que 49 prieurés en 1516), l’abbaye de Tiron le sera encore davantage avec la mise en place du régime de la commende car les abbés commendataires n’avaient pas le souci de veiller au respect de la Règle de St Benoît. L’abbaye de Tiron et ses monastères tombèrent dans la désorganisation et le laxisme. Si bien que le Roi Louis XIII, en 1618, autorisa la fondation d’une nouvelle congrégation bénédictine placée sous le patronage de St Maur. Et, en 1629, l’abbaye de Tiron était placée sous la juridiction des bénédictins de Saint Maur qui la réformèrent et y établirent le fameux collège.
Cependant en 1707, le prieuré de St Georges était encore habité par des moines, ce que nous confirme Mgr Louis-Gaston Fleuriau d‘Armenonville (1662-1733), évêque d’Orléans, lors de sa visite à la paroisse d’Epieds.
La fin du prieuré
Le déclin régulier de l’abbaye de Tiron (10 prieurés en 1720) toucha certainement le prieuré de St Georges car le début du 18ème siècle marqua un changement dans son organisation religieuse. Pour des raisons encore inconnues, en 1715, on déposera les biens de la chapelle à la sacristie de l’église d’Epieds. On y déposera, devant notaire et témoins du village, un coffre contenant les objets et les vêtements liturgiques suivants; un calice d’argent, une chasuble garnie de son étole et de son manipule, une aube, un purificatoire, un amict, un lavabo. On peut donc en conclure que le prieur, qui assurait la célébration et le suivi des offices, était soit décédé, ou qu’il avait quitté le prieuré de St Georges avant 1715, et, qu’en attendant la nomination (peu probable) d’un nouveau prieur il était préférable de mettre en sûreté le coffre contenant les objets liturgiques.
C’est vers 1738 que le roi donna en Bénéfice le prieur de St Georges aux chanoines de l’église St Louis du Louvre à Paris. L’abbé Antoine Charles de Ledeiguine (ou Lesdiguière), devenait le premier prieur commendataire du prieuré de St Georges. Depuis cette nomination, les revenus du prieuré revenaient en totalité au prieur commendataire. En 1750, François Pluyette, chanoine honoraire de St Louis du Louvre, devenait prieur commendataire du prieuré de St Georges.
De 1765 à 1785, les 50 messes étaient acquittées par les curés de la paroisse d’Epieds qui recevaient 25 livres par an du prieur commendataire. Ensuite, après 1785, M Aignan Benoist de Bonnière (baptisé en 1753 à Orléans, église Ste Catherine), chanoine de St Aignan d’Orléans, devenu le prieur commendataire de St Georges, avait repris les 50 messes à sa charge.
On peut dire que la dernière messe dans la chapelle fut célébrée vers 1765 et que depuis cette date la chapelle fut véritablement abandonnée et aurait même servit pour de « vils animaux » (porcs, moutons ?).
Abandonné définitivement par les moines, il ne restait plus que la ferme de St Georges qui était affermée directement par les différents abbés commendataires.
Pour information, le curé d’Epieds Jean Baptiste Simon Duclos (1777 à 1811) deviendra en 1792 le maire d’Epieds. Mais 6 mois plus tard, devant choisir entre sa vie de prêtre et son mandat de maire, il choisit de rester prêtre.
Après la Révolution française, le lundi 4 avril 1791 à 9h du matin, les bâtiments de l’ancien prieuré et la ferme de St Georges furent vendus aux enchères comme « Biens Nationaux ». L’adjudicataire avait également des charges très particulières, à savoir ; de payer 25 livres pour les honoraires des 50 messes, de fournir par an ; 6 mines de blé froment et 6 mines d’avoine au curé d’Epieds. Il n’y eut pas d’acquéreur le premier jour, mais le 20 avril 1791, M le baron Jacques-Jean Le Couteulx du Molay (1740-1823), banquier, maire et propriétaire du château de Meung …, acheta la ferme de Saint Georges pour la somme de 43600 livres.
Que devenait l’abbaye de Tiron ?
L’abbaye de Tiron perdit son titre abbatial en 1782. En 1790, l’Assemblée Constituante proclama la suppression des ordres religieux. Un an plus tard l’abbaye de Thiron ferma et en 1793 le culte cessa définitivement à l’abbaye.
Description du prieuré
On peut prendre comme hypothèse et en s’appuyant de la Règle de St Benoît, qu’en 1115, la création de la très petite communauté monastique de St Georges exigeait la construction d’un groupe de bâtiments qui permettaient la vie religieuse séparée de l’exploitation des terres (indispensable pour un domaine de plus d’une charrue). Il y avait donc, à priori, sur le site :
- une chapelle qui dominait l’ensemble des autres bâtiments, avec son cimetière
- une résidence pour les deux ou trois moines. Le logis des moines devait être proche de la chapelle pour permettre aux moines de se rendre rapidement aux offices la nuit et le jour. Ce logis devait servir à la fois de dortoir, réfectoire et cellier.
- une hôtellerie pour recevoir les voyageurs comprenant un dortoir et un réfectoire. En effet, la cuisine des moines et des hôtes était à part, afin que « les moines ne soient pas troublés par l’arrivée des hôtes qui survenaient à des heures incertaines ». Un moine assurait la cuisine pour les hôtes.
- Un puits, un moulin, un jardin…pour que les moines « n’aient aucune nécessité de courir au dehors ».
- une ferme (grange, écurie, étable) pour cultiver les terres.
Sur le plan de Charsonville, réalisé en 1670, pour la vente de nombreuses parcelles de terres, on aperçoit au nord, le premier dessin du prieuré de St Georges (voir figure 4 ci-dessus). On y voit deux bâtiments perpendiculaires à la chapelle. Le géomètre a souhaité faire apparaître le prieuré (et non la ferme) même s’il n’apportait pas de précisions au plan des terres à vendre, car ce prieuré devait être « important » pour les habitants de Charsonville.
La chapelle, de forme rectangulaire, était orientée vers l’Est, vers le soleil levant. Le porche, surmonté d’une croix, était situé du côté du chemin menant de Charsonville à Saintry. Deux ou trois baies figurent sur le mur sud de la chapelle. Des arbres sont dessinés derrière la chapelle (verger et vignes ?).

J’ai réalisé ci-après l’assemblage schématique (figure 5 ci-dessous), des nombreux bâtiments listés ci-dessus ainsi que la partie du plan de 1670 sur lequel figure le prieuré (voir figure 4 ci-dessus). Ceci n’est qu’une hypothèse.

Il est probable également qu’au début de la guerre de Cent ans la chapelle ait été incendiée par les anglais, comme ce fut le cas pour le château et la nef de l’église de Charsonville.
On sait que les moines du prieuré, qui décédaient, étaient enterrés, non pas dans le cimetière de la paroisse d’Epieds, mais dans celui du prieuré qui devait se trouver à proximité de la chapelle contre les murs de la chapelle (est, sud, parvis) ou dans la nef de la chapelle.
On peut penser que le logis des moines et l’hôtellerie, après avoir été abandonnés par les moines vers 1715, ont été détruits après. Le prieur commendataire ne conserva que la chapelle qui selon lui pouvait contenir 150 personnes (soit une surface de la chapelle d’environ 150 m2) et fit peut être construire une unique chambre basse (rez-de-chaussée) contre un mur de la chapelle comme signalée en 1785. Cette chambre était-elle pour lui ?
En 1768 François Pluyette, Prieur commendataire de St Georges, déclara que le prieuré était composé :
- d’un bâtiment où étaient une chapelle et une chambre basse pour le logement du prieur, avec un petit jardin (30x30m d’après le plan napoléonien, figure 6 ci-dessous). La trace d’un mur au sud de la chapelle, signalée en 1998 par M Faucheux, correspond peut être à la délimitation de ce jardin.
- Un autre bâtiment composé de deux chambres qu’habite le fermier….
- Un clos de trois arpents (1,5 hectares) environ dont une partie en vigne et l’autre en luzerne.

A la Révolution on retrouva dans la chapelle une cloche de 50 ou 60 livres (25 à 30 kg) qui devait être suspendu dans un clocher situé sur le toit de la chapelle. Un moine était chargé, par le prieur, de sonner l’heure de « l’Oeuvre de Dieu », tant le jour que la nuit.
A partir de 1785 et au cours des deux derniers siècles, l’ancienne chapelle servira selon les époques de bergerie, puis de garage pour la voiture du propriétaire de la ferme, avec un grenier au dessus ……

Principales sources
- Saint Georges ; Document historique réalisé en 1998 par Claude Faucheux
- L’Haritage pardu ou l’amour de la terre par André Gilbert
- Bulletins de la Société archéologique et historique de l’orléanais
- Société archéologique d’Eure et Loir Cartulaire de l’abbaye de la Sainte Trinité de Tiron publié et annoté par Lucien Merlet archiviste Tome premier 1883
- Meung sur Loire (son histoire – sa légende) de l’abbé Jean Contant - 1975
- « Livre blanc », qui renferme les prestations de serment faits à l'abbé de Tiron, de 1479 à 1558
- Extrait du Tome premier – Article VII – Don de quatre charruées de terre à Cintray – « Carta Cintriaci » - 1115
- Règles des moines – Edition du Seuil – 1982
- Plan de 1670 de Charsonville – archive personnelle
- Géoportail









