Le « Faro » d’autrefois en pays Loire-Beauce
Modifié le : 20/03/2025 10:16
Exporter l'article au format pdf
L’article proposé ci-dessous a été directement extrait du livre « Mes souvenirs » d’Etienne Gaullier né en 1921 à Séronville – Imprimerie COPIE 45 – Dépôt légal 3 ème trimestre 2000.
…Les hommes de cour de la ferme de Seronville allaient faucher du « Faro » (trèfle incarnat). Il était fleuri tout rouge (voir figure 1 ci-dessous) et sentait bon. Les moutons, les vaches et les chevaux en mangeaient en mélange avec de la paille pour ne pas qu’ils attrapent la diarrhée, me disait-on.

Quand le faro était défleuri et sec, c’était terminé pour les animaux.
Bien mûr, le faro était fauché de bonne heure les matins, pour ne pas qu’il s’égrène, avec les javeleuses et leurs grands râteaux qui passaient de l’horizontal à la verticale. Ensuite les ouvriers, à la rosée, avec un fauchet en bois, faisaient de petits rouleaux, qu’ils rangeaient en lignes pour donner le passage à la voiture gerbière, pour le ramassage puis pour l’entreposer en grange ou en meule, ou le battre directement pour récolter une jolie graine, qui se vendrait, avec un petit échantillon, le mardi au marché de Patay. C’était la bourse aux grains, qui indiquait le prix soit très haut, soit très bas. C’était le premier argent de l’année.
Au battage, ça faisait de la poussière mais de la poussière à ne plus se voir. Pire que du brouillard et de plus çà grattait, çà démangeait ; il faut l’avoir vu pour s’en rendre compte. Le « balliste » dégageait la balle que l’on appelait la bosse de faro, que les animaux ne consommait pas. On la laissait pourrir ainsi que la paille qui était très courte et poussiéreuse. Après le battage du « Faro », la graine était montée au grenier qui était le premier étage de l’ancienne seigneurie… Le sol est fait de carreaux rouges sans fissure. C’était donc un grenier idéal pour ces petites graines de faro pour être nettoyées en passant au tarare à manivelle, car l’électricité n’était pas encore arrivé, et au crible avant de prendre l’échantillon que l’on mettra précieusement à la poche, le jour du marché de Patay.

J’oublie de dire à propos de l’échantillon de « Faro », que celui que le cultivateur présentait aux commerçants en graines, était la réalité de l’ensemble du lot vendu ; si les deux partenaires s’entendaient sur le prix. Le commerçant ouvrait le petit sac échantillon qu’il vidait dans sa main, pour y voir la propreté et surtout pour voir s’il ne contenait pas de « plomb » qui dévaloriserait l’échantillon. Le « plomb » était une petite graine noire de la grosseur de la graine de « Faro » et pratiquement impossible d’extraire avec les moyens de nettoyage que possédait le cultivateur. Cette graine noire appelée « plomb », était la graine d’une plante qui fleurissait blanc dans le champ de « Faro », qui lui était rouge.
Le lendemain du marché de Patay, on s’interrogeait entre cultivateurs pour savoir le prix que l’on avait vendu la graine et à quel négociant. Après le « Faro », on fauchait les escourgeons qui étaient un genre d’orge d’hiver ; que l’on appelait du « sécourgueu » en argot, car on le battait sitôt récolté et on le vendait de suite, ce qui procurait de l’argent frais pour la grande moisson qui suivait.
Quelques semaines plus tard, il y avait aussi le « tardif ». Toujours du trèfle, ce qui permettait aux bergers et vachers de prolonger la coupe en vert pour les animaux. Ce « tardif » n’était cultivé qu’en petite quantité et certaines années il n’y en avait même pas.
En septembre, les charretiers semaient les trèfles incarnats ou « Faro », sur les chaumes qui y étaient destinés. Sans labour, le Maître charretier semait la graine avec le grand semoir à la volée de 4m et un cheval pour le tirer et les autres charretiers suivaient derrière avec les herses pour enterrer la graine, une fois en long et une autre fois en travers, suivi d’un passage de rouleaux si le temps était sec et c’était fini Il n’y avait plus qu’à attendre le Printemps….









