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Le voyage incroyable du curé de Patay à Madrid en 1911

Auteur : Patrick  Créé le : 05/09/2025 13:17
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Au soir de cette inoubliable journée, nous rentrions, harassés de fatigue, à notre « hôtel de Paris »…..

C’est ainsi que se termine la journée du 12ème Congrès Eucharistique International à Madrid en 1911 noté dans le carnet de voyage rédigé par Félix Paul Gasnier, curé de «campagne» de Patay.

 

 

Ses souvenirs et ses impressions de son périple en train de Patay à Madrid furent retranscrits en 1911 et 1912 dans le bulletin paroissial de Patay. Le but de son récit était de faire découvrir une partie de l’Espagne aux habitants de sa paroisse de Patay, qui voyageaient peu à cette époque, mais surtout de montrer la force, toujours intacte, de la religion dans le monde, malgré la loi de séparation des Eglises et de l’Etat français de 1905.

Son voyage débuta le jeudi 22 juin à la gare de Patay pour arriver le mardi 27 à la gare de Madrid. Ensuite il pris le chemin du retour et retrouva sa paroisse le mardi 4 juillet.

 

De Patay à la frontière Espagnole

Le jeudi 22 juin je quitte Patay. Ce n’est pas sans une certaine émotion que je me rends à la gare, car s’il est moins dangereux d’aller à Madrid, en chemin de fer, que d’y aller en aéroplane, comme Védrines (Jules Védrines gagne la course Paris Madrid le 26 mai 1911), malgré tout, c’est toujours impressionnant d’avoir 800 lieues au moins (soit environ 3900 kilomètres), à parcourir, aller et retour.

Dans mon compartiment, des ouvriers terrassiers causent. A l’un d’eux qui veut fumer, j’offre une allumette, il n’en faut pas davantage pour gagner la sympathie de tous…

A Orléans, j’apprends que trois élèves de notre école libre de Patay viennent de subir un brillant succès à l’examen du certificat d’études…

Pour rejoindre, à Bordeaux, le train de Pèlerinage, et profiter d’une réduction assez élevée, j’avais pris un billet de « bain de mer ». Le soir, à 10 heures, je pars pour « Bordeaux-Arcachon ». Mon aimable compagnon de voyage, M l’abbé Renard, curé de Jouy-le-Potier, m’a rejoint à la gare.

Le lendemain matin, vendredi 23 juin, fête du Sacré-cœur, nous sommes à Bordeaux. Nous profitons d’un arrêt de notre train pour dire notre messe. L’église la plus rapprochée de la gare est celle de Sainte Croix…..Bordeaux est près de la mer, on le voit bien, et dans la chapelle ou je dis la messe, les vitraux rappellent que la Sainte Vierge Marie est la puissante protectrice des marins.

Nous avons l’occasion de prendre quelques leçons d’espagnol dans le restaurant ou nous déjeunons. Un jeune espagnol s’y trouve employé.

Nous remontons dans notre train. A midi nous sommes à Arcachon. Nous déposons nos bagages à « l’Hôtel des Ancres d’Or » et après nous être reposés nous nous rendons sur les bords de mer !

 

La mer ! Qu’elle est impressionnante pour des habitants de la plaine ! ….

 

Sur le bord de la mer, se trouve une très ancienne chapelle (il s’agit de la chapelle des marins, incluse dans la basilique Notre Dame). Elle est très sombre. Les peintures de la voûte forment un grand drap mortuaire qui enveloppe cette chapelle tout entière. On comprend le but que se sont proposé ceux qui ont fait faire ces peintures. Combien de pêcheurs périssent en mer ! … Les murs sont recouverts d’ex-voto. …..

J’aime, pendant un voyage, à m’instruire des coutumes des habitants du pays ou je passe, de leur religion, de leurs travaux… Cette occasion me fut donnée dans la journée de la Saint Jean. Je me suis entretenu avec un vieux pécheur… Dans ce bassin d’Arcachon, combien dure est la vie des pêcheurs !... Beaucoup pêchent la sardine ou s’occupent de l’élevage des huîtres.

Quand ils pêchent la sardine, il leur faut partir dès deux ou trois heures du matin ! Parfois le temps change, en quelques heures, et quand ils reviennent au rivage, ils ont à lutter contre les flots et ont bien du mal à rentrer au port. L’année dernière, plusieurs pêcheurs ont ainsi péri en mer ! D’autres fois, ils jettent leur filet, pendant plusieurs heures et ne prennent rien ! Ils reviennent de la haute mer mouillés jusqu’aux os et le bateau vide ! Dans ce bassin, les pêcheurs s’occupent aussi de l’élevage des huîtres…

Pas un pêcheur ne manque, chaque année, le 25 mars, jour de l’Annonciation de la Sainte Vierge, d’amener son bateau, à l’endroit ou a lieu la bénédiction solennelle des bateaux ! Il me dit l’habitude qu’ont les pêcheurs de faire le signe de la croix, avant de jeter leur filet...

Le 25 juin, j’eus le bonheur de distribuer la communion, pendant la messe…

Le soir nous quittons Arcachon. Nous remarquons cette devise, inscrite au dessus de la façade principale de la gare : « Heri solitudo, hodie vicus, cars civitas » ; ce qui veut dire : « hier, c’était la solitude, ici, aujourd’hui c’est un bourg, demain ce sera une cité ». Ces paroles s’appliquent à Arcachon. Il y a quelque 50 ans, on ne connaissait pas Arcachon, aujourd’hui, c’est une vraie ville ! …

En arrivant à Bordeaux, nous trouvons nos compagnons de voyage pour Madrid. C’est au soir du 25 juin, en la fête de saint Guillaume, que nous partons pour l’Espagne. Le voyage sera pénible…

Le soir, vers dix heures, nous étions à Hendaye, la dernière ville de France, avant de pénétrer en Espagne.

 

 

De Fontarabie à Madrid

 

Le lundi matin (26 juin), au lieu de dire notre messe à Hendaye, nous franchissons la Bidassoa. Nous comptions gagner du temps, mais nous comptions sans la lenteur espagnole. C’est toujours impressionnant de passer la frontière ! Tout change d’un seul coup : langue, mœurs, caractère. Après un quart d’heure de traversée nous étions à Fontarabie…

Dès notre arrivée en Espagne, nous voilà en plein moyen âge. Fontarabie est, en effet, une vieille ville, qui a conservé le cachet des vieilles villes espagnoles. La rue principale « la Calle Mayor » monte étroite, bordée de lourdes bâtisses contre lesquelles s’accrochent des blasons gigantesques avec des auvents en surplomb….Nous nous dirigeons vers l’église qui domine la cité. Notre batelier nous conduit jusqu’à la porte de l’église ou il nous attendra très fidèlement pour nous ramener à Hendaye….Nous nous dirigeons vers la sacristie. Le bedeau y déjeune gravement. Nous lui demandons à dire la messe ; mais il n’a pas le loisir de s’occuper de nous, il faut que de temps en temps, il aille sonner pendant le service qui se célèbre. M le curé de Fontarabie, examine nos papiers, et comme nous sommes en règle, il nous autorise à dire la messe. Mais le sacristain ne trouve plus la clef du placard où sont renfermés les pains d’autel. Des pèlerins français nous prennent pour des prêtres espagnols. L’aube qui nous enserre comme une cote de mailles attire particulièrement leur curiosité….Enfin, au bout d’une heure au moins, nous pouvons dire la messe…..

Après la messe nous visitons la sacristie qui renferme des choses très curieuses…Nous examinons les ornements. Sur l’un de ces ornements nous lisons ces paroles : «  Ornements qui servirent au mariage de Louis XIV qui se maria d’abord par procuration dans cette église, puis après à Saint-Jean-de-Luz. L’ambassadeur français et l’infante Marie-Thérèse y vinrent ».

Dans la sacristie est conservée aussi une superbe chape en soie brodée et tissée d’or, don du grand empereur Charles Quint…..

Vers 10 heures nous revenons à Hendaye. Notre batelier dans un langage moitié français, moitié espagnol, nous donne quelques explications sur les mœurs de son pays, sur les curiosités qui attirent notre attention….

Vers 11 heures nous quittons Hendaye ; quelques minutes après, nous étions à Irun...Les douaniers nous attendent et inspectent nos bagages ! Nous prenons rapidement notre déjeuner au buffet, tous ensemble. A deux heures nous montons dans le train espagnol. Quelques minutes après nous étions à Saint-Sébastien.

La gare n’a pas une salle ou nous puissions déposer nos bagages ! C’est comme cela dans toute l’Espagne ! Et, chose bizarre encore, les voyageurs de seconde classe vont être obligés d’attendre jusqu’à huit heures, parce que l’express pour Madrid n’a que des premières et des troisièmes ! Mais, à toute chose malheur est bon, nous profitons de ce contretemps pour visiter Saint-Sébastien. C’est un délicieux séjour…

Vers huit heures nous partions pour Madrid. Deux espagnols, qui parlent parfaitement le français, nous donnent sur l’Espagne des renseignements très intéressants. Ils nous parlent, en particulier, de la pauvreté de la province de Castille que nous allions traverser toute entière…

A partir de 4 heures du matin jusqu’à 11 heures, nous avons toujours le même spectacle sous les yeux ; un vrai désert ! Il n’y a pas d’arbres, pas de fermes ; tous les 15 ou 20 kilomètres, quelques misérables villages forment un sordide relief au dessus du sol sans jardins, sans verdure et sans eau. Une pauvre église domine le village…

J’avais lu les notes d’un voyageur français avant de partir pour l’Espagne, je me demandais s’il n’avait pas exagération. J’ai pu me rendre compte qu’il n’a dit que l’exacte vérité. Dans mes notes de voyage j’ai mis ces quelques mots : De Valladolid à Madrid, spectacle épouvantable, rochers, montagnes stériles, villages à des distances impossibles…on dirait un désert. Pas de séparation aux bords de la voie…pas de maisonnettes…pas de gardiens…Près de Madrid quelques maisons de campagne…

Vers 11 heures, nous arrivons à Madrid. Des guides nous attendent. Ils nous donnent l’indication de nos hôtels. Au sortir de la gare nous trouvons des voitures pour nous y conduire. C’est bien nécessaire, car la chaleur est grande et nous commençons à être bien fatigués…

Enfin, nous voici au restaurant de Paris, rue Vitoria, près de la fameuse place de la Puerta del Sol. Nous sommes fatigués, mais contents d’être arrivés, non sans incidents, mais sans accidents, au terme de notre voyage.

Malgré la fatigue, nous ne voulons pas manquer à la réunion de la section française du Congrès. Nous nous dirigeons dans Madrid, grâce aux indications qui nous sont données par un interprète, et nous arrivons à la salle où se tiennent les séances pour les congressistes de langue française. C’est Mgr l’archevêque de Bourges, Mgr Dubois, qui préside. Ce sont des français qui font les différents rapports. Nous y entendons toutefois deux étrangers : un espagnol et un polonais.

L’espagnol, le R.P. Gregorio, carme déchaussé, ancien colonel, décrit les œuvres eucharistiques instituées en Espagne pour les soldats…

Le Polonais, M Scarzinski, curé de Notre Dame à Varsovie, nous montre que la Pologne est toujours, malgré la persécution, un pays fièrement catholique !...

Le soir, nous nous rendons dans l’église de « Santa Cruz » pour y entendre un discours de l’archevêque d’Auch, Mgr Ricard….Arès cette réunion, nous revenons pour gagner notre hôtel par la fameuse place de « la Puerta del Sol ». Nous avons là, sous les yeux, une idée du peuple madrilène. A Madrid on se couche tard. A 11heures du soir, cette place est d’une animation extraordinaire...et ces promenades nocturnes durent jusqu’à minuit, une heure du matin. Le jour de notre départ, à trois heures du matin, nous entendions encore des camelots crier à tue-tête qu’une fameuse loterie était « para hoy » pour aujourd’hui. Comme on se couche tard à Madrid, on s’y lève tard. A neuf heures du matin, bien des magasins ne sont pas encre ouverts !...

 

 

De Madrid à Tolède

Le mercredi 28 juin, nous partons pour Tolède. C’est une ville très curieuse, c’est la vieille ville mauresque…Nous quittons Madrid vers 8 heures…Quand nous arrivons à la gare d’Atocha, tous nos compagnons de voyage sont déjà sur le quai de la gare… Nous détachons de notre carnet un coupon d’aller et retour pour Tolède….Au milieu de la grande plaine, les moissonneurs travaillent : ils coupent encore le blé à la faucille…

Après deux heures de chemin de fer, nous voici à Tolède. Mais quelle misérable gare ! A quelle distance elle se trouve de la ville ! Heureusement, des muletiers nous attendent. Quelle chaleur, et quelle poussière ! O cette poussière d’Espagne !

Elle vous recouvre d’un blanc linceul, s’insinue à travers les mailles de vos habits, s’agglutine avec la sueur du visage et des mains, vous dessèche la gorge. Elle aurait tenu bonne place parmi les plaies d’Egypte ! …La ville est en haut, assise avec la majesté d’une reine, bien vieillie, mais toujours fière de son nom et de ses gloires, sur son trône de granit, autour duquel vient s’enrouler le Tage qui coule lourdement. De quelque côté qu’on aborde Tolède, on se heurte à un site grandiose et farouche….

Avant midi, nous visitons une partie de la ville. Heureusement nous avons des guides ! Sans leur secours un étranger arriverait difficilement à se dépêtrer du labyrinthe que figurent les ruelles de Tolède….Une maison ou a vécu l’immortel Cervantès, l’auteur de Don Quichotte sert aujourd’hui de remise ! …L’après midi, nous visitons la cathédrale. Ce sont les premières vêpres de la fête de Saint Pierre et Saint Paul, et nous avons le bonheur d’assister à ces vêpres chantées par les chanoines, selon le rite romain et selon le rite « mozarabe »…Après la visite de la ville, nous revenons sur la place « Zocodover » pour reprendre nos voitures et retourner à la gare…

 

 

La procession

 

 

De mon voyage en Espagne, la journée inoubliable fut, sans contredit, le jeudi 29 juin.

Quand on va dans un pays étranger, il est toujours bon d’en connaître un peu la langue, cela sert toujours. En voici une preuve typique :

Nous autres, français, nous sommes perdus, au milieu de cette foule d’étrangers et surtout d’espagnols. Nous avons bien un programme qui nous indique les différentes places, réservées aux étrangers, mais ce n’est pas facile d’y aborder. Nous payons d’audace, mon compagnon de voyage et moi. Revêtus de notre habit de Chœur, nous abordons deux gardiens postés au bas de l’escalier qui conduit à l’église de Saint Jérôme le Royal, d’où partira la procession. Nous servons, à l’un d’entre eux, une phrase espagnole, nous disons qui nous sommes. Cette phrase a un effet magique, c’est le mot de passe…Le gardien nous laisse gravir l’escalier, nous servons la même phrase à un autre placé en haut de l’escalier : il nous ordonne de rester à côté de lui : « Aqui ! ici ! » nous dit-il. Nous sommes à côté d’un grand d’Espagne dont la poitrine est constellée de décorations… Voici qu’un prêtre sort de l’église. Il s’approche de nous, nous lui servons aussi la même phrase. Avec beaucoup d’amabilité et de politesse, il nous dit d’entrer. Et nous voici dans l’église de Saint Jérôme le Royal avec tous les prélats, revêtus de costumes rouges, violets….

Après une heure d’attente, nous entendons le prêtre qui nous avait introduit s’écrier : « E la hora ! C’est l’heure ! ». Et, alors il indique à tous les prélats espagnols et étrangers, l’ordre dans lequel ils se placeront. Nous nous demandons si nous allons trouver place parmi tout ce monde. Fort heureusement, nous sommes encadrés avec tous les prélats, les chanoines et les évêques !

C’est du haut de l’escalier de l’église Saint Jérôme que nous avons l’occasion vraiment inattendue de voir passer presque toute la procession qui s’était formée derrière cette église, dans le parc du « Retiro ».

Du haut de cet escalier, rendons nous compte de ce magnifique cortège qui compte 50 000 hommes au moins. Les muletiers de Valence, la tête serrée dans un foulard rouge, ouvrent la marche. Ils passent avec des chariots remplis de verdure et de plantes aromatiques et jonchent le sol de fleurs et de verdure, tout en jouant sur leurs tambourins du « Levante » d’où ils sont tout frais débarqués.

Derrière les muletiers, les timbaliers, vêtus de brocard et de velours fin, comme au temps de Philippe II, passent, en jouant une marche entraînante et disparaissent bientôt dans un étincellement de couleurs vives.

Voici les écuyers de la maison royale, en perruque poudrée et justaucorps doré; les membres de la jeunesse catholique, précédés de leurs bannières, et les gardes-chasse des maisons aristocratiques, en habits pittoresques. La plupart portent une veste brune, ourlée de rouge et de bleu. Les gardes-chasse de Salamanque attirent surtout l’attention avec leur habit de velours à revers de couleur.

Ici, commence le défilé des ouvriers. Spectacle touchant et impressionnant que celui de ces ouvriers, dont plusieurs ont conservé les habits pittoresques de leurs provinces. Nous admirons la bannière, en fleurs naturelles, des ouvriers valenciens. Derrière eux apparaissent les ouvriers aragonais, grands et solides gaillards, fiers de leurs traditions et fiers d’être les privilégiés de « la Vierge del Pilar »….

Suit le cortège interminable des « ouvriers catholiques »….Voici le groupe des marins de la Compagnie transatlantique ; puis des délégués des armées, en uniforme, suivis des délégations du Corps diplomatique. Après les membres du Tiers Ordre sont passés, on voit paraître les représentants des Grands Ordres Militaires, aux costumes très riches, les chevaliers du saint Sépulcre et de Saint Jean de Jérusalem, les chevaliers de Calatrava et de Santiago, avec la croix rouge sur leur poitrine.

Enfin, vient le clergé….On compte plus de 3000 prêtres…Nous nous mettons en marche : deux à trois cents mètres à peine nous séparent du Saint-Sacrement….Quand parait le Saint Sacrement, porté par son Eminence le cardinal légat Grégorio-Maria Aguirre, archevêque de Tolède……

Lorsque le dais pénètre, vers 7h1/2, dans la cour royale, le roi Alphonse XIII, descend de son balcon pour aller au devant du Saint Sacrement…Alors nous voyons à l’entrée du palais, paraître le roi, les reines, les infantes. Ils portent des cierges et accompagnent le Saint Sacrement, jusqu’à la salle du Trône….

 

Au soir de cette inoubliable journée, nous rentrions, harassés de fatigue, à notre « hôtel de Paris »…..

 

 

Le retour à Patay

Mais, continuons notre récit : nous sommes arrivés au vendredi 30 juin. J’aurais bien désiré prolonger mon séjour à Madrid, mais, pour des raisons multiples, cela ne me fut pas possible…Avant de partir, j’eus le bonheur de pouvoir dire ma messe dans l’église de Saint-Louis-des-Français, grâce à l’amabilité du recteur de cette église, M l’abbé Tuboeuf, un prêtre français qui est a Madrid depuis plusieurs années…Avant de quitter Madrid, j’allai aussi visiter l’église cathédrale de « San-Isidro-Labrador »…Après avoir visité cette église, je retournai assez difficilement à mon hôtel, car cette église est entourée de rues tortueuses qui s’enchevêtrent les unes aux autres. Enfin, je pus aboutir à l’église « Santa Cruz », qui m’était déjà connue. Une fois là, je gagnais rapidement le « restaurant de Paris ». Il était temps, car mes compagnons de voyage partaient, et mon aimable confrère, l’abbé Renard, se demandait si je voulais rester à Madrid ! Quelques minutes après, nous étions à la gare, et nous partions pour l’Escorial.

Il faut à peu près deux heures, en chemin de fer, pour se rendre de Madrid à l’Escorial. Le territoire que nous traversons n’est guère riche…Quels ennuis nous attendent à la descente du train ! Le chef de gare n’est pas à son poste. Il faut un bon quart d’heure pour le trouver. Nous sommes là une centaine de voyageurs. Ou mettre nos colis ? Car la gare n’a pas de consigne. Le chef de gare désigne une sorte de lampisterie qui servira de consigne ! Malheureusement la clé de ce taudis est perdue ! Les employés ne connaissent pas encore la brouette, ils transportent tout sur leur dos ! Des voitures nous attendent et nous emmènent au village de « Abajo » « d’en bas » au village de « Arriba » « d’en haut » dans un tourbillon de poussière et au milieu des cris des conducteurs. En quelques minutes nous étions au pied de l’Escorial, à l’hôtel de la Reine Victoria, tenu par un français. Le plan de l’Escorial représente un gril ; voici pourquoi : le 10 août 1557, jour de la fête de Saint Laurent, (qui fut martyrisé sur un gril)….Commençons notre visite par l’église. On y arrive par la vaste cour des roi, patio de los reyes….Le Panthéon des rois, « el Panteo de losreyes », c’est la crypte sépulcrale des souverains d’Espagne….Au dessus du portique du Patio de los reyes se trouve la Biblioteca de impresos. C’est une des plus curieuses de l’Europe. J’y ai vu les bréviaires de Charles-Quint et de Philippe II…Terminons notre visite de l’Escorial par les cellules de Philipe II. Ce mot de cellules convient mieux, il me semble, que celui de chambres….

Le vendredi matin 30 juin nous quittons donc Madrid. Le vendredi soir, nous quittions l’Escorial et nous revenions vers la France. Quelle nuit fatigante nous passons en chemin de fer, après une journée extrêmement chaude !  A plusieurs stations comme nous entendons avec joie, le cri des petits marchands : « Agua fresquita ! » « Melche fresquito » « Eau fraîche ! » « Lait frais ! ». … nos passons non loin d’Avila, ville à jamais illustre, parce qu’elle a donné naissance, en 1515, à sainte Thérèse, la réformatrice du Carmel…

Après une nuit passée en chemin de fer, nous nous arrêtons à Burgos, pour y passer un avant midi…Nous sommes au pied de la cathédrale vers les 5 heures du matin. Le soleil dore les deux magnifiques clochers de ses rayons si vifs et déjà si chauds. …L’église est encore fermée. Un vénérable chanoine espagnol très accueillant nous introduit….Nous repartons pour la gare au milieu d’un nuage de poussière ; le soleil est brûlant : à neuf heures du matin, le thermomètre marquait déjà 25 degrés de chaleur. Vers midi, il y en avait bien 35. En plein été, on doit brûler à Burgos….En arrivant à la gare, nous apercevons bon nombre de gendarmes venus probablement pour surveiller notre départ ; tout s’y passe bien….Le train siffle et nous remontons vers la France. Nous n’avons qu’un arrêt d’une petite demi-heure à Vitoria, pour y déjeuner. Tout y était préparé…Nous reprenons nos places dans notre train, et, au sortir de la gare, nous remarquons un changement complet de paysage. Le Zadorra arrose cette province e lui donne une fertilité peu commune…

Dans la soirée nous arrivons à Saint-Sébastien, Irun, et nous franchissons la frontière, nous voici à Hendaye. Quelle joie d’entendre la langue française !...

Le dimanche 1er juillet, nous passons notre avant-midi à Hendaye. La vieille église a un cachet tout espagnol. Des tribunes sont placées le long des murs, réservées aux hommes. Depuis le matin, l’église n’a cessé d’être remplie…

Dans l’après midi, nous prenons un train qui nous conduit directement à Lourdes. C’est là que nous terminons notre pèlerinage. Chose extraordinaire, en faisant quelques emplettes dans un magasin, nous apprenons que la propriétaire de cette maison, est une beauceronne de Bazoches-les-Gallerandes, mariée à un espagnol de Burgos, qui porte d’ailleurs un nom bien espagnol « Monteagudo ».

Quelles douces heures nous passons à Lourdes, devant la grotte !...

Ce soir-là, nous y rencontrons un prêtre américain avec lequel nous pouvons lier une conversation mélangée de latin, de français, d’espagnol et d’allemand. Ce prêtre est enthousiasmé de ce qu’il a vu à Madrid, d’où il revient, lui aussi.

Le lendemain lundi, nous recommandions d’une façon spéciale toutes les intentions qui nous avaient été confiées en disant notre messe dans la basilique de Lourdes. L’après midi, nous repartions définitivement pour la petite patrie, après un arrêt de quelques heures à Bayonne.

Nous profitons de cet arrêt pour visiter Bayonne…Le lundi soir (3 juillet), nous prenions un train pour Bordeaux, et à dix heures, à Bordeaux, un express pour Orléans. Le lendemain, de très bonne heure, nous y arrivons, harassés de fatigues, mais l’âme remplie du grand spectacle que nous avions eu sous les yeux, dans les rues de Madrid, pendant cette procession du Très Saint Sacrement. A Saint Paterne, j’ai dit ma messe à l’autel de Sainte Thérèse…