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Malvoisine / Malvouesine : d'où vient ce nom?

Auteur : Salaignac  Créé le : 19/12/2024 17:59
Modifié le : 25/12/2024 18:45
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Malvoisine / Malvouesine et l’activité viticole sur la commune de Saint Sigismond au 19è siècle,

M.-C. Marinval 

            Malvoisine est le nom porté par une terre située au sud-est de Nids, sur la commune de Saint Sigismond (figure 1). Dans son livre « L’haratage pardu ou l’amour de la terre » (2013) André Gilbert parle, en patois beauceron, d’une terre nommée « climat de Malvouesine » à Epieds en Beauce ». peut-être s’agit-il de la même car elle est située en limite des  communes de Tournoisis et d‘Epieds-en-Beauce.

D’autres lieux du Loiret portent également ce nom comme le hameau Malvoisine de la commune de Bazoches-les-Gallerandes ou encore la rue de Malvoisine à Saint-Jean-de-Braye.

Pourquoi ce nom ? D’où vient-il ? Que signifie-t-il ?

            Sur le cadastre napoléonien de Saint-Jean-de-Braye, datant du 19ème siècle, à l’emplacement correspondant aujourd’hui à la rue de Malvoisine on peut lire : « clos Malvoisine ». Ce qui signifie que ces lieux étaient plantés en vigne. Ce nom de Malvoisine serait donc associé à la viticulture.

Figure 1 : au sud-est de Nids se trouve la terre de Malvoisine (cadastre actuel) 

Dans le livre intitulé « Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs » d'Olivier de Serre, datant du 17ème siècle, on peut lire que le nom de Malvoisine tire son origine du cépage fort ancien, le Malvoisie, méditerranéen. Son nom vient d’une petite île de Grèce Malvasia. Olivier de Serre nous dit que « cette sorte de vigne est voisine des muscats».

Figure 2 : Extrait du livre dOlivier de Serre « Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs »

Au 15ème siècle, Venise alors puissance économique, exporte du port de Monemvasia (Péloponèse) ce vin appelé Malvoisie dans toute l’Europe. Aux 16ème  et 17ème siècles son commerce connaît un tel essor qu'il devient un des vins les plus célèbres d'Europe.

Après la conquête par les Turcs des territoires vénitiens en Grèce, la culture du cépage Malvoisie se diffuse rapidement en Italie et dans les autres pays d'Europe dont la France. Il devient même un vin à la table des rois de France.

C’est historiquement un cépage « blanc » qui s’est développé en Méditerranée sous de nombreux variants comme l’indique O de Serre (figure 2).

Il est encore cultivé à plusieurs endroits de France dont le Val de Loire. Il donne un vin légèrement moelleux. Depuis 25 ans, la Grèce souhaite réhabiliter sa culture dans la zone éponyme. Deux de ses «malvasia», ont obtenu une médaille d’or au Concours mondial de Bruxelles ces dernières années (https://les5duvin.wordpress.com/2023/01/05/voyage-en-malvoisie-i-les-iles-eoliennes/).

Malvoisine tire donc son nom d’un cépage ancien. Si aujourd’hui, seules quelques treilles courent le long de murs exposés sud de certaines maisons qu’en était-il avant l’arrivée de la culture de la betterave imposée par Napoléon à partir de 1811, du chemin de fer en 1843 et du Phylloxera vers 1863?

Nous avons la chance que les recensements de la population de Saint Sigsmond soient disponibles en ligne sur le site des archives départementales pour le 19ème siècle. Les métiers des personnes y étant indiqués. En 1836, 7 vignerons y sont dénombrés. Le nombre va décroissant jusqu’à disparition totale de ce métier peu après 1896,  le dernier vigneron ayant  déjà 71 ans (Hurault André). L’arrivée du chemin de fer à travers la France rend le transport du vin provenant du sud beaucoup plus rapide. La demande en céréales, betteraves, pommes de terre transforme le paysage beauceron. La grande culture prend place petit à petit favorisée par la mécanisation.

 

1836

1846

1856

1866

1876

1886

1896

1906

Vignerons

7

4

3

2

2

1

1

0

Sur la feuille dite bourg de Nids (ancienne commune), du cadastre napoléonien, à l’est de la motte « le Chétiau » se trouve une parcelle de terre nommée vigne (figure 3). Elle semble relativement importante. 

Figure 3 : la vigne de Nids à l’ouest du Chétiau

La viticulture a donc tenue une place importante en Beauce au moins jusqu’au milieu du 19ème siècle. On peut émettre l’hypothèse que le cépage Malvoisie y tenait une place de choix. 

Cet article sera complété ultérieurement 

Sources bibliographiques: 

Archives départementales du Loiret numérisées : recensements, cadastre napoléonien

Gilbert André, 2013:  L’haratage pardu ou l’amour de la terre 

De Serre Olivier , 1600 :  « Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs »

https://les5duvin.wordpress.com/2023/01/05/voyage-en-malvoisie-i-les-iles-eoliennes/