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Qu’est ce que la micro histoire ?

Auteur : Patrick  Créé le : 30/11/2025 08:40
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Préambule

L’association « Racines du Pays Loire-Beauce » s’est donnée l’ambition d’enrichir la connaissance du passé du pays Loire-Beauce à travers, en particulier ses articles et grâce aux archives départementales du Loiret, aux archives personnelles de ses membres (écrites ou orales) et à l’aide des puissants moyens actuels de recherche que nous propose Internet (Gallica,…), même si notre recherche historique n’est pas un phénomène nouveau, en témoigne la création d’une société savante de l’Orléanais dès le milieu du 19ème siècle (et qui existe encore sous le titre SAHO).

L’exploration des archives départementales, et de nos archives personnelles que nous échangeons régulièrement entre nous, renvoient l’historien local que nous sommes aux événements propres à l’histoire de nos villages (gestion de la communauté, gestion des baux des fermes, les guerres, les moulins, les mares, les puits, l’église, les apprentissages, les voyages, …). En effet, les différents notaires par exemple et nos aïeuls nous ont laissés une somme remarquable de témoignages sur la vie de la communauté et leurs vies.

Toutes ces archives du Pays Loire-Beauce méritent d’être analysées pour construire de nouveaux articles sur le site « Loire Beauce Encyclopedia ».

En outre, souvent, nous n’avons pas l’idée même du prochain article que nous allons produire. Nous avançons au grès de nos découvertes et des hasards (visite d’une église, d’un cimetière, documents qu’on échange…). Et, comme l’a rappelé la comtesse de Caen (Anne-Sophie Marchoux), dans son testament ; « dans aucun cas les sujets ne seront donnés, chacun fera ce qu’il sentira le mieux, c’est la seule manière d’avoir de véritables artistes ».

On peut ajouter aussi que l’historien local, que nous sommes, ne réfléchit pas ou peu sur son activité, c'est-à-dire sur la méthode qu’il emploie pour rédiger son article. En effet, nos articles ne s’embarrassent pas de modes ou de débats « universitaires ». Nous sommes des « passionnés » de l’histoire locale. Pour autant, nos articles historiques sont très variés et notre production est importante.

 

 

Mais qu’est ce que la micro histoire ?

En Italie, vers la fin des années 1970, une poignée d’historiens (dont Carlo Ginzburg) imagine de nouvelles pistes de recherches afin de travailler autrement le « matériau historique ». Une nouvelle manière de faire de l’histoire fondée essentiellement sur une réduction d’échelle.

Pour Carlo Ginzburg, la micro histoire consiste à analyser les petites choses du quotidien pour retrouver des « indices » qui révèlent la pensée d’une époque. Il s’agit de la méthode des « indices » par rapport au traitement traditionnel des sources. Selon Ginzburg « La micro histoire c’est une méthode qui consiste à s’intéresser à des indices, à des détails, à descendre à l’échelle locale ». La micro histoire a donc permis de modifier en profondeur la manière de faire de l’histoire. Avec son étude magistrale « Le fromage et les vers », devenue un classique de l’historiographie, Carlo Ginzburg inventait la micro histoire et renouvelait la connaissance d’un monde resté longtemps mystérieux, celui de la culture populaire.

Après l’Italie la micro histoire apparaît vers 1980 en France. Grâce à la micro histoire des inconnus de l’histoire ont été exhumés des archives et sont sortis de l’oubli. Et, ce sont de nombreux historiens français (Corbin, Farcy, Moriceau, Boudon, Denizet…) qui ont étudiés la vie de ces individus et ont dévoilés leurs « petites histoires » en n’oubliant pas de peindre leur environnement.

Dans son livre « Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot » d’Alain Corbin, il s’agit d’inverser les procédures de construction du récit historique.

Mais Alain Corbin note qu’au début des années 1980, la tentative de certains historiens a été d’analyser les autobiographies de gens ordinaires fondées sur la nostalgie et les souvenirs d’enfance, rédigées par des inconnus, le plus souvent à l’intention de leurs descendants. Il alerte les historiens sur cette écriture qui demeure pétrie d’une visée d’héroïsation de soi.

La méthode de Alain Corbin est donc d’opérer un rassemblement d’archives, puis d’effectuer un assemblage de traces dont aucune n’a été produite par le désir de construire l’existence du personnage principal du récit. Cette recherche vise à faire exister une seconde fois un être dont le souvenir est aboli.

Comme pour Jean Marc Moriceau il est important de replacer la singularité de l’individu inconnu dans le réseau des relations sociales, économiques, familiales et enfin dans le contexte historique qu’il soit local ou général. Jean Marc Moriceau affirme la pertinence d’une histoire « par le bas », capable de faire revivre des destins individuels.

Alain Denizet dans son livre « Enquête sur un paysan sans histoire » fait la part du réel et reconstitue le possible et le probable. Comme Alain Corbin il rappelle que limiter le passé local d’un village à la seule dimension du souvenir d’une famille constitue un procédé favorisant l’exclusion pure et simple d’une partie notable de la population communale. Il faut donc étudier également le contexte. Alain Denizet a réalisé ses études universitaires à Tours vers 1980 et y a rencontré Alain Corbin dont l’enseignement sera déterminant dans son approche de l’histoire rurale.

 

En conclusion

Grâce à la richesse de nos sources, l’enjeu d’écrire l’histoire de nos faits locaux réside donc dans notre capacité à proposer un nouvel éclairage sur des faits locaux qui sont reliés à l’histoire régionale ou nationale. En effet, notre site LBE, explore les éléments de l’histoire du pays Loire-Beauce et les relie à l’histoire de France ou parfois même Européenne (Seigneur de Charsonville ; corsaire du roi d’Espagne).

Notre démarche est d’écrire sur un fait de société à partir de sources peu ou pas utilisées par les historiens et d’éviter le récit des faits divers. Mais il faut toujours questionner le « réel » et critiquer les faits, les écrits, les sources, à l’aide par exemple de nos échanges et de nos partages.

 

PS : Merci à Marie-Christine Marinval (LBE) pour la relecture de ce document.