Carnet de route « Ma libération par les Russes en 1945» de Georges LESOURD
Modifié le : 07/01/2026 20:33
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Petit-fils de Désiré LESOURD (notre combattant au siège d Paris en 1870), dont le carnet de' guerre a été publié sur ce site, Georges était un cousin du père d'Eric GUISET et de Lucien LESOURD...
Prisonnier lors de la 2ème guerre mondiale, il sera transféré en Prusse Orientale et rentrera plus de 5 ans plus tard en passant par le cercle polaire pour rejoindre Epieds.
Georges Gaston Moïse LESOURD, fils de Paul et de Louise CAMUS, est né le 28 février 1915 à EPIEDS-EN-BEAUCE.
Ouvrier agricole à Cerqueux, le 22 mars 1939, Georges est rappelé à la 5ème Compagnie du 80ème R.I. Au cours de combats, il est fait prisonnier le 9 juin 1940 et après plus de cinq années d'absence, il retrouve enfin les siens à Epieds en Beauce le 9 septembre 1945. Le dernier prisonnier de la commune était enfin rentré... Marié le 16 septembre 1946 à INGRE (45), avec Jeanne Marie-Thérèse Georgette Albertine BERGERARD (1919-1998) , père de 3 enfants, cultivateur à INGRE, il y décède le 30 octobre 1965 à l’âge de 50 ans.
Georges Lesourd classe 1935 80ème Régiment d'Artillerie Alpine
Campagne de l’année 1939
Nous avons été rappelés le 22 mars. « Immédiatement et sans délai » pour un temps indéterminé.
21 Août - Rappel des permissionnaires.
23 Août – Au matin : alerte ; il a fallu démarrer. On a marché toute la journée jusqu’à minuit.
Après 50 bornes, nous sommes arrivés à CREHANGE. On nous a fait commencer des tranchées vers FAULQUEMONT.
24 Août – Mobilisation partielle.
27 Août et 2 Septembre – Mobilisation générale.
3 Septembre – On apprend la déclaration de guerre. Le soir, départ de CREHANGE et traversée de la ligne MAGINOT, on couche dans des tranchées à MERLEBACH près de HOMBOURG.
Le 8 au matin, on repart pour une quarantaine de kilomètres, nous sommes trempés jusqu’aux os et il nous faut creuser nos trous et faire des boyaux au petit jour, on est bien frais.
Dans la journée, nous sommes relevés, nous nous rendons à SAINT-AVOLD, mais le soir, départ pour FALK à 4 km de la frontière.
Le 9 au matin, nous y arrivons après avoir marché toute la nuit, Nous couchons dans des CASEMATES, nous sommes en première ligne.
Le 14 septembre – Nous avons le baptême du feu. Tous les deux jours, nous descendons à FALK au repos.
Le 2 octobre au soir, nous partons pour UBERHERREN, en Allemagne à 500 mètres des Allemands. Nous campons dans une grange, les abris sont dans la cour.
Le 5 dans la nuit, nous revenons dans des tranchées aménagées un peu en arrière.
Le 7 au soir, nous revenons coucher à DALEM.
Le 9 au matin, il fait nuit, nous venons près de HARGARTEN aux MINES et y creusons nos trous. Nous couchons sous nos toiles de tentes dans le bois.
Le 15 au soir, c’est dimanche, nous sommes relevés par les tirailleurs. Nous faisons 7 ou 8 km et cantonnons à COUME.
Le lundi soir, nous repartons pour FOULIGNY après une trentaine de km.
Le 17 à minuit, départ pour LUPPY où nous arrivons le lendemain matin.
Repos jusqu’au 10 novembre au soir.
Nous repartons vers la ligne MAGINOT et nous nous retrouvons à 8 km de METZ à COINCY après peut-être 25 km de marche.
Nous passons ce 11 novembre dans ce bled. Je suis mal fichu et nous repartons le soir pour METZERESCHE, encore une bonne trentaine de km où nous arrivons le matin.
Nous repartons le soir pour DALSTEIN, mais malade, je suis pris en camion.
Nous y faisons des travaux, creusons des tranchées, mais je reste au cantonnement.
Le mardi 21, nous rejoignons SAINT-FRANCOIS (8 km), on y creuse des fossés anti-chars et on y monte la garde au Pays pour tous les trois jours. Il fait froid, il gèle et il neige. Nous y avons relevé le troisième bataillon qui est monté en ligne.
Le 2 décembre, départ à 4heures du matin pour HALSTROFF où nous nous reposons la nuit. Nous travaillons alors dans le bois où nous faisons des abris. Nous sommes revenus à quelques km de la Frontière ALLEMANDE et ça bagarre. Nous restons dans notre « CAGNAT » pendant 10 jours, prenant les gardes et les relèves.
Le lundi 11 au soir, nous sommes relevés par le 1er bataillon de notre régiment et revenons une douzaine de km en arrière à MENSKIRCH à la limite de la ligne MAGINOT et à 2 km de DALSTEIN. Quoique étant au repos, nous construisons des abris.
Le lundi 18 nous défilons à HOMBOURG devant le Général GAMELIN et S. CHAMBERLIN, et filons jusqu’à KEDANCE S.CANNER. Il fait très froid. Retournés à MENSKIRCH, nous y faisons réveillon la veille de NOËL par une froid de voleur.
Le 25 décembre au soir, nous reprenons la route pour FLEVY en repassant par DALSTEIN, HOMBOURG et LUTTANGE.
Le 26 au soir, nous remettons cela, mais cette fois sans le sac, car c’est très dur de marcher dans le verglas, c’est à ne pas se tenir dans le bouillard et le givre.
Notre calvaire s’achève à AMNEVILLE près d’HAGONDANCE, deux jours après.
Le 1er janvier dans la nuit, c’est la permission de 10 jours. Je ne rejoins que le 16 à PONT A MOUSSON, mon régiment n’est plus là. On nous envoie sur METZ, puis vers la rive de MEURTRE ET MOSELLE et je retrouve ma compagnie à ALLEMONT. Le soir même, je suis de garde pour 12 jours à la DIVISION, ce qui ne dispense pas d’exercice. Le jour de CARNAVAL une brave femme nous fait des crêpes pendant nos heures de garde.
Le 12 mars, j’ai ma deuxième permission et je rejoins ALLEMONT le 27 au matin.
Le 1er avril, nous reprenons la route, le 4 nous sommes à BOULAY, nous assemblons des claies pour les tranchées.
Le 14, toute la journée nous sommes en alerte dans les abris.
Le 2 mai, jour de l’ASCENSION, nous montons aux avant-postes.
Le 10 au soir, nous sommes relevés par la 6e compagnie.
Le 12, jour de la PENTECÔTE, attaque sur tous les fronts. Nous sommes sous le feu de l’Artillerie Allemande pendant quatre jours et quatre nuits, il y a du grabuge et on essuie un drôle de coup.
Le vendredi 17 mai, le 9e G.R.D. nous relève et nous embarquons sur train le 19, pour arriver le 20 au matin en gare de REIMS.
Nous reprenons la route à pieds jusqu’à GUIGNICOURT s. AISNE, creusant des fossés anti-chars par ci, des tranchées par là. Nous sommes cette fois dans un silo à grain, montant la garde au fusil mitrailleur, ayant pratiqué un créneau dans le mur. Notre 3e bataillon avait repoussé les ALLEMANDS hors du village et nous restons à GUIGNICOURT jusqu’au 9 juin.
Ayant relevé notre 2ème section, les ALLEMANDS attaquent cette fois de tous côtés. Jusqu’à midi, nous les tenons en respect, mais ils nous contournent sur la gauche. Tout est sauté, les ponts, une citerne d’alcool flambe, tout brûle aux alentours, ça tombe de tous les côtés et les obus français arrivent à leur tour. Nous quittons notre retranchement dans l’après-midi, essayant de longer le canal en nous repliant, mais il est trop tard et vers 15 heures de ce 9 juin, nous sommes faits Prisonniers par les éléments du 80e R.I. ALLEMAND.
Le soir, ils nous passent l’AISNE en barque et nous parquent dans un château, puis après une fouille en règle nous nous retrouvons dans un pré à MALMAISON.
Le 10 juin, ils nous distribuent un verre de « bouillon ». Après trois jours, ils nous emmènent à SISSONNE dans une annexe du grand camp. Il pleut à verse et nous n’avons plus rien pour nous abriter. Ce n’est qu’un après coup qu’on nous fait entrer dans les baraquements, alors nous sommes tous grelotants.
Le lendemain, par les routes, nous couchons à MONTCORNET puis nous sommes regroupés à HIRSON.
Par le train on nous embarque à GIVET, puis à nouveau par la route, nous passons une nuit à BEAURING et gagnons GEDINE pour repartir vers TREVES par le train, c’est le 19 au matin.
Le 22 juin au matin, on redescend du camp vers la gare et pendant trois jours et trois nuits, empilés dans nos wagons à bestiaux, nous voyageons vers la PRUSSE ORIENTALE où nous arrivons à STABLACK par une pluie torrentielle.
Jusqu’au 10 juillet, nous ne faisons rien, mais nous n’avons pas grand-chose à manger et avons du mal à nous traîner. Nous sommes sous de grandes tentes au STALAG 1 A. On nous a photographiés, immatriculés, coupé les cheveux, passés à la désinfection et également vaccinés.
Ce jour-là, nous sommes embarqués sur EBENRODE pour travailler dans les fermes. C’est dur de s’adapter aux méthodes ALLEMANDES et pour cette première moisson, on en bave.
L’hiver, maintenant est rude, nous n’avons pas d’effets chauds à nous mettre. Fidèle aux traditions, nos gardiens nous accordent trois jours de repos à NOËL et deux pour le NOUVEL AN. Puis autant pour PÂQUES et la PENTECÔTE.
C’est encore un 22 juin, mais nous sommes en 1941, que nous apprenons l’entrée en guerre contre la RUSSIE . On m’a changé de ferme et me retrouve à 2 km de la frontière LITHUANIENNE. Je dois traire les vaches, presque sous la mitraille, la guerre est là, tout à côté. Il faut partir de là et nous revenons à la première ferme.
Les jours passent, tous pareils, interminables.
En juin 1943, on nous mène vers la LITHUANIE, nous sommes à 200 m de la frontière.
Le 1er août, nous sommes évacués 20 km plus en arrière, puis on nous ramène à la ferme.
Le 17 août on nous rabat au CAMP d’EBEHERODE, puis on nous répartit dans les fermes d’ETAT, pour enfin nous remettre dans nos fermes où nous reprenons nos « habitudes ».
Le 11 octobre 1944, il faut partir, poussant nos vaches devant nous. Par COMBINEN, ISTERBURG
Les PATRONS nous rejoignent sur la route et nous montent dans les chariots. Nous passons par COMBINEN, ISTERBURG, PRUSSICHE, EYLAU, pour échouer près de LANDBERG. Nous arrivons à la TOUSSAINT.
Le 3 février 1945, nous sommes pris par les RUSSES.
Le 5 à midi, nous sommes repris par les ALLEMANDS.
Le 8 à midi, nous sommes à nouveau avec les RUSSES, et le soir, nous sommes encore avec les ALLEMANDS, et nous allons nous reposer et dormir un peu à la ferme.
Le vendredi 9 février, nous sommes pour la troisième fois chez les RUSSES et cette fois pour de bon.
Après avoir subi une semaine de fusillades, à trois copains, nous partons le 10 au matin, à travers champs et dans le brouillard. Nous passons dans les lignes RUSSES et nous sommes emmenés par LANBERG où nous restons trois jours dans un grenier à foin.
Nous repartons par HEILSBERG, BARSTEINSTEN, ALLEISTEIN, ANGERBURG et enfin CUMBINNEN, nous sommes le 22 février.
Nous travaillons à la reconstruction d’un pont et sommes cantonnés à la CASERNE de CUMBINNEN.
Le 31 mars au soir, on nous achemine par EBENRODE, EDKAU, WIRBALEN, WIRKOURSKI, KOWNO et VILNA pour les « fêtes » de PÂQUES.
Le 1er avril, nous allons vers DUNABURG.
Le 4 avril nous sommes à LENINGRAD.
Nous longeons le lac LADOGA, puise lac ONEGA, nous passons à KEM près de la mer BLANCHE, puis à KANDALEKLA.
Le 8 avril, nous sommes à RADOFA, près de MOURMANSK.
Embarqués sur un train vers 8h30 le matin, le 1er avril, nous en redescendons donc 8 jours après à MOURMANSK.
On nous groupe à 150 par baraque, il y en a six comme ça, on peut se laver, il y a des douches.
Le 19 au soir, nous sommes conduits à QUENISTRIE.
Le 19 juillet, retour à MOURMANSK par la route, nous arrivons à 7h du matin le 20 et logeons dans des ISBAS.
A cette époque de l’année, il ne fait pas nuit et nous voyons le SOLEIL DE MINUIT. Nous assistons aussi à une éclipse partielle de soleil. Nous avons eu la distribution de cigarettes américaines, mais nous couchons sur des bat-flancs sans paillasse et dans les punaises.
Le 28 juillet dans la nuit, nous joignons le PORT de MOURMANSK et le dimanche 29 au matin, nous embarquons sur le bateau « ANGO ».
Le 1er août, après l’appareillage, nous prenons le large, sur cet OCEAN GLACIAL, dans la soirée, nous passons le CAP NORD.
Le 4 août au matin, peut-être vers 4 heures, nous arrivons à TROMSOE. Les rochers sont enneigés. L’escale dure une journée et demie et le 6 août, le bateau repart longeant les côtes, frôlant KRISTIANSUD.
Le 7, nous débarquons à HARSTAD, port d’une île NORVEGIENNE.
Trois semaines s’écoulent ici. On est tranquille. Personne ne nous dit rien, il faut tuer le temps, on se promène. Nous couchons dans un établissement scolaire.
Le 30 août au soir, nous embarquons sur le bateau NORDKYNN.
Le 3 septembre, nous sommes à KRISTIANSUD d’où, après une courte escale, nous prenons la haute mer.
Deux jours et deux nuits en MER DU NORD, nous apercevons les côtes d’ECOSSE, puis celles d’ANGLETERRE et de FRANCE.
Nous sommes dans la MANCHE et arrivons à DIEPPE le jeudi 6 dans l’après-midi où nous accostons.
Nous sommes accueillis en musique par les PRISONNIERS de DIEPPE et après plus de 5 ans, nous remettons les pieds sur le sol de France.
C’est une magnifique réception qui nous est réservée et ce sera sans doute le plus beau jour de ma vie.
Le 7 septembre à midi, nous prenons le train pour PARIS. Nous sommes le 8 au matin à REUILLY et partant le 9 de PARIS-AUSTERTITZ, je me retrouve enfin vers midi à EPIEDS en BEAUCE.
Que dire du chiffre 9 ?
Pris par les ALLEMANDS le 9 juin 1940
Repris par les RUSSES le 9 février 1945
Rentré à EPIEDS le 9 septembre 1945.
Nous publions ci-dessous les informations de l'époque relatant le retour des prisonniers retenus à l'est de l'Europe

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