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La Colombe - Les trois frères de Rochechouart et Saint Vincent de Paul

Auteur : Patrick  Créé le : 06/06/2026 16:05
Modifié le : 11/06/2026 20:27
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Une petite partie de la vie des trois frères de Rochechouart de Chandenier appartient à notre histoire locale du Pays Loire Beauce, car tous les trois furent, au 17ème siècle, abbés commendataires de l'abbaye de ND de l'Aumône ou Petit-Cîteaux, dans la forêt de Marchenoir.

 

Cette abbaye, située sur la commune de La Colombe (Loir et Cher) (voir figures 1, 2 et 3 ci-dessous), et dont il ne reste plus que des ruines, avait été fondée en 1142 par Thibault, comte de Blois ;

« Nous, Louis, Comte de Blois et de Clermont, faisons savoir à tous présents et à venir, que, pour l’amour de Dieu et le salut de notre âme et des âmes de nos parents et ancêtres, et avec l’approbation de ma femme Catherine, de mon fils Thibaud, de ma fille Jeanne, de mon frère Philippe et de mes sœurs Marguerite et Ysabelle, je donne aux moines de l’abbaye cistercienne, appelée l’Aumône, le droit d’usage de ma forêt de Silvalonia…..

L'abbaye du Petit-Cîteaux était une des nombreuses filles de la grande abbaye de Citeaux, fondée par le bienheureux Robert, en 1098, proche de Dijon, en Bourgogne. Les bénéfices de l’abbaye du Petit Cîteaux s’étendaient sur le Loir-et-Cher, l’Eure et Loir et une partie du pays de Loire Beauce. En effet, les possessions de cette abbaye, dans les derniers temps qui ont précédé la Révolution de 1793, consistaient ; en rentes (maisons, terrains…), dîmes, prés, vignes, terres labourables sans bâtiment, deux moulins, sept étangs, 1106 arpents de bois (environ 400 hectares) et 28 métairies.

 

 

 

 

Ajoutons que ces trois frères se trouvaient apparentés avec les Rochechouart de Mortemart, chevalier, marquis de Montpipeau.

 

 

 

Abbés commendataires du Petit Citeaux

Le dernier abbé régulier de l’abbaye du Petit Citeaux fut l’abbé Jacques Hamelin. Il gouverna l’abbaye de ND de l’Aumône jusqu’à sa mort qui arriva en 1538. Après lui, l’abbaye fut constamment tenue en commende.

Le Régime de la commende désignait autrefois le principe qui instaura dans le royaume de France la nomination des abbés par le pouvoir royal contre l’ancienne pratique qui voyait leur élection par les autres moines. Il fut mis en place en 1516 sous le règne de François 1er.

L’abbé commendataire possédait un «bénéfice en commende» (c'est-à-dire en dépôt). Cet abbé jouissait seulement des produits du bénéfice et le pouvoir spirituel était confié au second de l’abbé appelé « prieur ». Grâce au partage de la mense abbatiale (revenus de l’abbaye) en trois lots, l’abbé commendataire recevait au moins un tiers de la mense, la communauté religieuse de l’abbaye un autre tiers. Enfin, le troisième tiers était dévolu au paiement des charges.

 

Jean Du Bellay, cardinal, fut le premier abbé commendataire de l’abbaye du Petit Citeaux, qui était une très riche abbaye à cette époque ….

Nicolas de Neufville, conseiller au parlement de Paris fut abbé commendataire de 1612 à 1613, puis Martin de Racine de 1613 à 1628.

 

Charles de Rochechouart de Chandenier, fut abbé commendataire en 1628. Il abdiqua vers l’an 1636 ou 1638.

Louis de Rochechouart de Chandenier, son frère lui succéda, et fut abbé ves 1637. Il abdiqua en 1640.

Claude-Charles de Rochechouart de Chandenier, le troisième frère fut nommé abbé commendataire en 1640. Il abdiqua en 1655.

 

Après les trois frères de Rochechouart de Chandenier, Claude Blampignon, curé de St Merry à Paris, fut nommé abbé commendataire en 1655.

Le dernier abbé commendataire de l’abbaye du Petit Citeaux fut Pierre Joseph de Cremeaux d’Entragues, vicaire général du diocèse de Bordeaux, nommé commendataire en 1748. Il décède à Beaugency le 8 mars 1803.

 

 

 

La famille de Rochechouart de Chandenier

La famille de Rochechouart est une très ancienne famille française, originaire de Charente et Limousin, dont sont issues les branches de Mortemart, de Chandenier, de Saint-Amant, de Faudoas, de Jars et autres.

Les trois abbés de Rochechouart de Chandenier (on écrivait aussi parfois, par abréviation abbés de Chandenier), étaient les fils de Jean-Louis de Rochechouart (1582-1635), fils de Louis de Rochechouart et Marie-Sylvie de la Rochefoucauld, baron de Chandenier, marié en 1609 avec Louise de Montberon (décédée en 1654).

 

Le couple aura 9 enfants :

- François (1611-1696). Louis XIV lui accorde, en 1661, le droit de porter le titre de Comte de Limoges.

- Charles (1613 - 1653).

- Louis (vers 1615 - 1660)

- Jean-Hélie

- Claude-Charles (1620-1710)

- Marie

- Louise

- Henriette

- Catherine

 

A la mort de leur père en 1635, les trois frères Charles, Louis et Claude-Charles, n’ont pas revendiqué la succession de leur père et ils l'ont laissée à leur frère François, marquis de Chandenier et futur comte de Limoges.

 

 

Les trois frères de Rochechouart de Chandenier

 

Charles de Rochechouart de Chandenier (1613 - 1653).

Le premier acte de Charles, en tant qu’abbé commendataire du petit Cîteaux, date du 1er novembre 1628. Il avait 15 ans. Il abdiqua vers l’an 1636 ou 1638.

Puis il fut nommé abbé séculier de l’abbaye Saint-Philibert de Tournus en Bourgogne (Saône-et-Loire) de 1645 à 1646. Il succédait à son oncle de La Rochefoucauld.

Dès 1628 il avait, à l'âge de 15 ans, obtenu la coadjutorerie de Tournus (il secondait dans ses fonctions son oncle, supérieur de l’abbaye). Il devint titulaire en 1645 par la mort de son oncle.

Il garda à peine deux ans son abbaye et à la fin de 1646 il la transmit en faveur de son frère Louis, moyennant une pension de 10000 livres. Ensuite il quitta l’habit ecclésiastique, prit les armes et mourut le 15 novembre 1653 à Clermont en Auvergne.

 

 

Louis de Rochechouart de Chandenier (vers 1615 - 1660)

Appelé parfois Louis III de Rochechouart de Chandenier.

Prêtre, il succède en 1637 à son frère Charles comme abbé commendataire du Petit Cîteaux.

Il abdique quelques années plus tard en 1640.

Il devient alors, après son frère Charles, abbé séculier de Tournus de 1645 à 1660.

Louis, comme abbé séculier, portait, dans l'abbaye de Tournus et dans toute la ville, la crosse, la mitre et les autres ornements pontificaux. Un incident relevé en 1654, à l'occasion d'une visite pastorale, prouve que relevant directement du Saint-Siège, les abbés séculiers de Tournus n'eurent jamais la pensée d'abdiquer leur indépendance vis-à-vis de l'ordinaire.

Ainsi le dimanche 3 mai 1654, l'évêque devait conférer le sacrement de confirmation dans l'église de l'abbaye de Tournus. La veille de la cérémonie il se présenta devant l'abbaye. Mais il ne pouvait pas y entrer car, à son approche, l'abbé Louis de Rochechouart s'était saisi des clefs et avait fait dresser le pont-levis. La porte resta fermée. La confirmation devrait se donner ailleurs. Comme abbé exempt de la juridiction épiscopale et ne relevant, lui et son église, que du Saint-Siège, Louis de Rochechouart de Chandenier venait d'affirmer ostensiblement son privilège. Puis, comme seigneur de Tournus, il alla courtoisement, à l'issue de la cérémonie, quérir en carrosse l’évêque et l'amener manger à l'hôtel abbatial.

 

 

Appelé souvent « l'aîné », il était entré dans la Congrégation de la Mission de St Vincent de Paul, et il devait en être le Supérieur général s'il avait survécu à M. Vincent. Mais il mourut le 3 mai 1660 à Chambéry en revenant de Rome (voir paragraphe «Amitié de St Vincent de Paul ci-dessous). Il fut inhumé dans l'église de Saint Lazare à Paris.

Après le décès de Louis, St Vincent de Paul, lors de plusieurs de ses Conférences, parla des vertus de M. l’abbé de Chandenier ; « Les raisons qui nous obligent à nous entretenir des hautes et héroïques vertus qui ont paru en feu M. l’abbé de Chandenier, notre bienfaiteur », « Quelles sont celles que l’on a remarquées et les plus beaux actes particuliers », « Quel profit nous en pouvons retirer et en quoi nous le pouvons imiter ».

 

 

Claude-Charles de Rochechouart de Chandenier (1620-1710)

Claude Charles de Rochechouart, est né vers 1620.

Il fut nommé abbé commendataire du Petit Cîteaux en 1640.

Il abdiqua en 1655 en faveur de Claude de Blampignon, curé de Saint-Merry de Paris.

Mais Claude-Charles conserva, malgré son abdication, les revenus considérables de la métairie de la Guignardière (paroisse de La Bosse, dans le Loir-et-Cher, au nord de Oucques), consistant en bâtiments, terres et bois, affermée 300 livres. Claude de Blampignon assigna donc son prédécesseur, par arrêt du Grand Conseil du 2 juillet 1658, à faire remettre à l'abbaye du Petit Cîteaux la métairie en question.

La même année, le 7 décembre 1655, Claude-Charles de Rochechouart fut nommé abbé commendataire de l’abbaye de Moutiers Saint Jean (Côte-d’Or).

A cette époque il y avait beaucoup de misères et de souffrances à soulager en France comme à Moutiers. Saint Vincent de Paul encouragea Claude-Charles à développer les œuvres charitables à Moutiers. Celui ci fit, peu de temps après sa prise de possession de cette abbaye, ériger, en 1656, une « confrérie de la Charité » à Moutiers Saint Jean et y fit venir deux sœurs de la Charité de Saint Lazare, pour secourir et soulager les pauvres malades. (Voir paragraphe «Amitié de St Vincent de Paul ci-dessous).

Le 17 décembre 1679, les bourgeois de Moutiers Saint Jean consentent à l’établissement d’un "hospital" et le 4 septembre 1680, le notaire enregistre, pour l’établissement d’un hôpital, le contrat d’une donation de 10000 livres par l’abbé de Moutiers (Claude-Charles) et d’une maison avec cour, jardin, colombier et grange à Moutiers, dans le bourg, par Mlle Jeanne Vernot. L’hôpital fonctionne mais très vite semble trop exigu.

Dix ans plus tard, le 4 avril 1689, à la suite d’une transaction, Claude-Charles de Rochechouart fait l’acquisition d’une propriété constituée d’une maison, jardin, vignes terres, située à l’extérieur des murs du village, en face de l’entrée de son abbaye. Le grand bâtiment, comportant les salles des malades, la chapelle et quelques annexes est très vite aménagé et l’hôpital de Moutiers est béni en 1691.

Le 4 octobre 1706, l’abbé de Chandenier passe un contrat avec la communauté des Filles de la Charité qui précise les droits, devoirs et obligations des quatre sœurs de la Charité qui sont affectées au nouvel hôpital Saint Sauveur de Moutiers. Et, le 30 avril 1707, sous la présidence de l’abbé de Rochechouart, se tient la première assemblée des administrateurs de l’hôpital Saint Sauveur.

 

Malheureusement quelques années plus tard, Claude-Charles de Rochechouart meurt à Moutiers-Saint-Jean le 18 mai 1710. Il sera inhumé dans l’église abbatiale le 20 mai (voir figure 4 ci-dessous).

 

 

 

Louis et Claude-Charles à St Lazare

Louis et Claude-Charles avaient un logement depuis 1653 ou 1654 à Saint-Lazare.

Ils étaient de la compagnie des ecclésiastiques qui s'assemblaient les mardis à Saint-Lazare pour la conférence.

Dans ces fameuses « Conférences du mardi » à St Lazare, « Monsieur Vincent » enseignait une nouvelle technique de prédication, la « petite méthode », qui s’efforçait de transmettre le message évangélique dans sa pureté et son universalité.

Parmi ces ecclésiastiques il y avait Bossuet (1627-1704), archidiacre de Metz en 1654.

 

Il appelait de ses vœux le renfort d’une mission à Metz et lorsque la Cour vint en 1657 à Metz, Bossuet sollicita de la Reine-Mère l’envoi d’une expédition spirituelle que les « Dévots » multipliaient pour reconquérir la France au catholicisme.

De retour à Paris, la reine mère (Anne d’Autriche) confia ce projet à St Vincent de Paul.

St Vincent de Paul envoya à Metz, parmi les « messieurs » de la « Conférence des mardis » les deux abbés Chamdenier.

La troupe de la Mission arriva  à Metz en 1658 malgré les inondations qui rendaient, cet hiver là, les chemins périlleux. La prédication des « messieurs » était sous la direction de l’abbé Chandenier et dura tout le carême.

On rapporte de cette Mission à Metz que MM. les abbés de Chandenier et ces autres « messieurs » qui avaient dirigé la mission à Metz en Lorraine allaient deux à deux, en surplis du logis à l'église et de l'église au logis sans dire mot, et avec beaucoup de modestie. Bossuet participa aussi à cette mission et prêcha des sermons dans l’église de la citadelle. Metz est donc la ville où Bossuet débuta sa carrière d’orateur. Anne d’Autriche sera une de ses auditrices convaincues lors de son passage à Metz en 1657.

Ces deux vertueux frères firent ensuite un voyage à Rome sur la fin de l'année 1659, avec deux prêtres de la Congrégation de la Mission. Ils rencontrèrent le Pape Alexandre VII et séjournèrent à Rome pendant trois ou quatre mois. Mais, au retour à Paris, Louis meurt à Chambéry le 3 mai 1660.

 

 

Amitié avec St Vincent de Paul

Louis et Claude-Charles de Rochechouart de Chandenier furent les amis de St Vincent de Paul, fondateur des prêtres de la Mission et des filles de la Charité, né en 1576 et mort à Paris le 27 septembre 1660.

En effet, dans le livre intitulé : «Vie de St. Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur général de la Congrégation de la mission» écrit par Louis Abelly en 1664, l’évêque de Rodez évoque la grande amitié que portait Monsieur Vincent aux deux frères de Rochechouart de Chandenier. Il nous offre ainsi des indications précieuses sur la relation d’amitié entre les deux abbés Chamdenier et St Vincent de Paul.

 

Abelly écrit dans son livre :

« Enfin la troisième personne dont la mort arriva cette même année 1660, qui toucha très sensiblement M. Vincent, fut celle de messire Louis de Rochechouart de Chandenier, abbé de Tournus, lequel s'était retiré à Saint-Lazare depuis quelque temps avec M. l'abbé de Moustier-Saint-Jean son frère, et M. Vincent les y avait reçus pour des considérations très grandes.

C'est ce qui le fit passer par dessus la résolution que lui et les siens avaient déjà prise de ne point admettre des pensionnaires pour vivre dans leur communauté, sinon dans les maisons où il y a séminaire pour les ecclésiastiques.

Or ces deux frères étaient autant unis par la vertu que par le sang, et dignes héritiers de la piété de feu M. le cardinal de la Rochefoucauld, leur oncle.

La modestie de l'un, qui est encore vivant, ne permet pas d'en parler avec la même liberté que du défunt son aîné, lequel était prêtre, et pouvait servir de règle et d'exemple aux abbés commendataires les plus réformés du royaume.

L'oraison était sa plus fréquente nourriture, l'humilité son ornement, la mortification ses délices, le travail son repos, la charité son exercice, et la pauvreté sa chère compagne.

Il était de la compagnie des ecclésiastiques qui s'assemblaient les mardis à Saint-Lazare pour la conférence.

Il avait assisté et travaillé en plusieurs missions faites aux pauvres, et avait eu la conduite de celle que la reine mère (Anne d’Autriche) désira qu'on fit en la ville de Metz, en 1658.

Il était visiteur général des Carmélites en France.

Plusieurs évêques avaient voulu lui céder leurs sièges et leurs diocèses, estimant que sa promotion à l'épiscopat serait très avantageuse à l'Église. Mais il les avait remerciés, n'ayant pas cru que Dieu l'appelât à cet état si relevé…

Quoique M. son frère et lui employassent très saintement les revenus de leurs bénéfices, dont les pauvres des lieux où ils sont situés avaient une bonne partie, reconnaissant néanmoins que cette pluralité de bénéfices que chacun d'eux possédait, n'était point conforme aux saints canons ni à l'esprit de l'Église, ils prirent résolution que chacun d'eux n'en retiendrait qu'un, et se démettrait de tous les autres; ce qu'ils exécutèrent, les mettant entre les mains des personnes qu'ils savaient en devoir faire bon usage. En quoi ils ont donné un exemple d'autant plus digne d'être imité, qu'il est plus rare en ce siècle.

Ces deux vertueux frères (Louis et Claude-Charles de Rochechouart de Chandenier) firent un voyage à Rome sur la fin de l'année 1659, avec deux prêtres de la Congrégation de la Mission que M. Vincent leur donna selon leur désir, pour les accompagner.

Ils rencontrèrent le Pape Alexandre VII et séjournèrent à Rome pendant trois ou quatre mois.

Ce fut à Rome où M. l'abbé de Tournus (Louis de Rochechouart), qui déjà, quelque temps avant ce voyage, avait formé le dessein d'entrer dans le corps de la Congrégation de la Mission, s'étant trouvé incommodé de maladie, pressa le supérieur de la maison de Rome de la même Congrégation de le recevoir, craignant de mourir sans avoir le bonheur d'être du nombre des missionnaires.

Ce que néanmoins le supérieur de la maison de Rome ne jugea pas devoir lui accorder…..estimant que cela se pourrait mieux faire à Paris par M. Vincent même, s'il pouvait y retourner.

Mais comme il se trouva un peu mieux au mois d'avril de l'année suivante 1660, il prit la bénédiction de sa Sainteté avec M. son frère, et partit pour s'en venir à Paris, résolu de faire tous ses efforts auprès de M. Vincent pour obtenir de lui la grâce d'être admis en sa Congrégation.

S'étant mis en chemin dans ce dessein, Dieu voulut récompenser par avance cette sainte et généreuse résolution qu'il avait prise, de tout quitter pour se donner parfaitement a son service; car ayant été attaqué d'une fièvre en chemin, il fut obligé de s'arrêter à Chambéry en Savoie, où le mal s'augmentant, il fut en peu de jours réduit à l'extrémité et enfin Dieu le retira de ce monde par une sainte mort, pour lui donner la couronne de la vie.

 

Voici ce que l'un des prêtres de la Mission qui l'accompagnait en écrivit à M. Vincent :

« Je vous ai mandé, lui dit-il, la maladie, et le danger où était M. de Chandenier, abbé de Tournus maintenant je vous dirai, monsieur, qu'il a plu à Dieu de l'appeler à soi, hier troisième de mai, sur les cinq heures du soir. Je vous en manderai une autre fois les particularités, étant trop occupé à présent. Je vous dirai seulement, monsieur, qu'il m'a tant pressé, et plusieurs fois en différent jours, de le recevoir au nombre des missionnaires, et de lui donner la consolation de mourir comme membre du corps de la Congrégation de la Mission, en laquelle il avait dessein d'entrer, que je n'a pu lui refuser cela, ni de lui donner la soutane de missionnaire, laquelle il reçut en présence de M. l'abbé de Moutier-Saint-Jean, son frère ».

 

 

Entendons maintenant parler M. Vincent sur ce sujet :

« Il y a six ou sept ans (dit-il, écrivant à l'un des prêtres qui était en Barbarie) que MM. les abbés de Chandenier se sont retirés à Saint-Lazare.

Ça a été une grande bénédiction pour la Compagnie, qu'ils ont édifiée merveilleusement.

Or, depuis un mois il a plu à Dieu d'appeler à lui l'aîné, M. l'abbé de Tournus, qui était aussi plein d'esprit de Dieu, qu'homme que j'aie jamais connu. Il a vécu en saint et est mort missionnaire.

Il était allé faire un voyage à Rome avec M son frère, et deux de nos prêtres; et s'en revenant il est décédé à Chambéry, et a fait de très grandes instances à l'un de nos prêtres, qui était avec lui, de le recevoir en la Compagnie, comme il a fait.

Il me les avait faites à moi-même diverses fois, mais sa naissance et sa vertu étant trop au dessus de nous, je ne le voulais pas écouter. Nous étions indignes d'un tel honneur. Et en effet, il n'y a eu que notre maison du ciel qui ait mérité la grâce de le posséder en qualité de missionnaire: celles de la terre ont seulement hérité les exemples de sa sainte vie, autant pour les admirer que pour les imiter.

Je ne sais ce qu'il a vu en notre chétive Compagnie, qui ait pu lui donner cette dévotion de se vouloir présenter devant Dieu couvert de nos haillons de prêtre de la Congrégation de la Mission, sous le nom et l'habit de prêtre: c'est en cette qualité que je le recommande à vos saints Sacrifices ».

 

Abelly poursuit dans son livre :

Le corps de ce vertueux abbé a été porté à Paris, par les soins de M. l'abbé de Moutiers-Saint-Jean, qui chérissait et honorait ce frère qui lui tenait lieu de père, et qui était toute sa consolation.

Il fut inhumé en l'église de Saint Lazare, où il repose en attente de la résurrection générale.

 

Abelly, dans son livre, finit par cette phrase :

Il n'y a point de doute que se fut une perte très grande pour l'Église et pour la Congrégation de la Mission, et une des plus affligeantes que M. Vincent n’ait jamais ressenties, en sorte qu'il en pleura, quoiqu'il ne pleurât presque jamais.

 

 

 

 

 

Sources

 

Saint Philibert de Tournus par l’abbé H. CURE chanoine honoraire d’Autun – 1905

Association : Les amis de Monsieur Vincent à Moutiers St Jean (Côte d’Or)

Bulletins archéologique et historique de l’orléanais

Histoire de la ville et baronnie de Marchenoir – Gentien Péan – Charles-Marin Rousseau – Transcription d’un manuscrit de 1820 par Bruno Guignard – Editions du Cherche-Lune

Archives de Blois – Loir-et-Cher

Les archives départementales de Côte-d’Or

Monsieur Vincent – Loys Pétillot et Claude Marin – Editions du Triomphe - 2018

Mairie La Colombe

Gallica

 

 

Article rédigé par Patrick Thauvin-Gasnier