Tivernon - Mgr François HAUTIN (1831 – 1907)
Modifié le : 14/05/2026 11:29
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Dans cet article, je vous propose de découvrir pourquoi Mgr HAUTIN, évêque d’Evreux, a consacré, au SACRE CŒUR de JESUS, la nouvelle église de Tivernon le 10 septembre 1890, comme il est écrit sur la plaque commémorative située dans cette église (voir figure 1 ci-dessous) et qui était François Hautin.
Cette église bâtie par les
soins réunis de Mr PORTHEAULT
maire et de Mr BOUBAULT curé,
bénite le 7 juin 1868
Par Mr DESBROSSES
archidiacre de Pithiviers.
A été consacrée au
SACRE CŒUR de JESUS
Le 10 septembre 1890
par Sa Grandeur Mgr HAUTIN
Evêque d’Evreux
Son enfance
François Napoléon Hautin est né à Paris le 2 mai 1831 et sera baptisé le 5 mai, paroisse St Merry (actuel 4ème arrondissement de Paris).
Son père s’appelait Etienne Hautin (1800-1878). Il était né à Tivernon où il exerçait la profession de tonnelier. Il se maria le 26 mai 1829, paroisse St Merry à Paris, avec Catherine Vagner (1808-1878).
François Hautin a été élève de la maîtrise de l’ancienne Abbaye-aux-Bois (actuel 7ème arrondissement de Paris) et probablement aussi enfant de chœur jusqu’en 1840.
Une ordonnance royale de 1827 permis à l’Abbaye-aux-Bois, l’installation définitive des chanoinesses de St Augustin. Celles-ci la transformèrent en maison de retraite, en pensionnat et en école gratuite et louèrent une partie des bâtiments à des dames seules de la haute société. Par exemple, Madame Récamier y occupa un appartement de 1819 à 1849. Elle y tenait un salon dans le domaine de la littérature. Présidé par Chateaubriand, il fut fréquenté par de jeunes écrivains comme Lamartine, Sainte-Beuve, Balzac, Musset, Hugo, Stendhal…La duchesse d’Abrantès parle ainsi de cette demeure dans les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand : «Quand, tout essoufflé après avoir grimpé trois étages, j’entrais dans la cellule aux approches du soir, j’étais ravi : la plongée des fenêtres était sur le jardin de l’Abbaye, dans la corbeille verdoyante duquel tournoyaient des religieuses et couraient des pensionnaires.»
L’ensemble des bâtiments fut démoli en 1906, lors du percement de la rue Récamier.
Le séminaire
Le réputé curé de l'Abbaye-aux-Bois confia François Hautin en 1840 au petit séminaire de St Nicolas du Chardonnet (voir figure 2 ci-dessous) sous la direction de l’abbé Dupanloup (voir figure 3 ci-dessous).
L’abbé Dupanloup, qui deviendra ensuite évêque d’Orléans, était né à St Félix, en Savoie, le 3 janvier 1802. Devenu évêque d’Orléans, Mgr Dupanloup se crut un certain droit à dérober à Paris quelques uns de ses anciens élèves et Paris fut obligé plusieurs fois de se défendre contre les demandes pressantes d'Orléans. Beaucoup de ses élèves, dont Hautin, seront archevêques et évêques.
On a dit de l'élève Hautin qu'il travaillait avec « calme » mais avec constance. Il fut académicien en rhétorique (1848-1849) à Notre Dame des Champs.
Après St Nicolas il entra au grand séminaire de Saint-Sulpice (voir figure 4 ci-dessous).
François Hautin en 1851, résidait au grand séminaire de St Sulpice. Ses parents habitaient au n° 101, rue de l’Ecole-de-Médecine (actuel 6ème arrondissement). Son père exerçait, à cette époque, la profession de cordonnier.
Sa fiche militaire de 1851, nous apprend également qu’il mesurait 1,63m, cheveux bruns, yeux bruns, front haut, bouche petite, visage ovale, teint clair.
A la fin du grand séminaire, il fut ordonné prêtre dans l’église St Sulpice à Paris, le 23 décembre 1854.
Supérieur du petit séminaire de St Nicolas du Chardonnet de 1866 à 1880
Il dirigea, au sortir du grand séminaire de Saint-Sulpice, la maîtrise de l’Abbaye-aux-Bois, où il avait lui-même été élève.
Quelques mois durant, en 1857, il fut secrétaire archiviste de l'Archevêché sous Mgr Morlot. Puis il prit la direction de la maîtrise de Sainte Clotilde, aussitôt que cette nouvelle église fut ouverte au culte.
Nommé le 16 janvier 1860 à la modeste cure de Bonneuil, que ses amis appelaient alors une « bonbonnière», il n'y demeura que trois ans et occupa bientôt le poste de deuxième vicaire à Saint-Michel des Batignolles. C'est là que Mgr Darboy, qui, sans doute, l'avait connu à Notre-Dame des Champs le prit pour lui confier le sort du petit séminaire de Saint-Nicolas (voir figure 5 ci-dessous) en 1866.
Une description de François Hautin (voir figure 6 ci-dessous) vers 1866 nous est parvenu : «Sans doute l'abord du nouveau supérieur était froid, et ses lèvres fines et serrées semblaient toujours bandées pour lancer le trait ironique, mais la dignité de son maintien, la franchise de son regard, le calme de sa parole, sa piété sincère malgré l'apparence sceptique de sa physionomie, le dévouement sérieux et constant dont il faisait preuve, la perspicacité, la finesse, la solidité de son esprit compensaient l'austérité de la première impression, imposaient l'estime, et, si la glace venait à être rompue, inspiraient une confiance et un dévouement sans bornes ».
En 1867 il fut nommé chanoine honoraire.
Pendant les vacances de 1870, seuls restèrent à Saint-Nicolas MM. Hautin, Hurteaux et Daix. Après le désastre de Sedan, Saint-Nicolas reçut d'abord quelques réfugiés puis les gardes nationaux y affluèrent. Ceux de Thiais, Choisy-le-Roi, Orly, au nombre de 100 environ, s'établirent dans les dortoirs et « le séminaire devint une bruyante caserne ».
François Hautin eu la bonne fortune, pendant cette terrible période (la Commune), d'aller à Tours se réfugier chez Mgr Guibert, alors archevêque de Tours et futur cardinal de Paris.
Notons en passant que sous M. Hautin, la langue vivante enseignée à Saint-Nicolas, après la guerre de 1870, fut l'allemand. Avant la guerre aucune langue vivante n'y était enseignée.
Les cours d'allemand devinrent obligatoires pour tous en 1872.
Comme l'avaient fait celle de Mgr Dupanloup, la mère de François Hautin logeait à St Nicolas, au troisième étage au-dessus de la chapelle de la Sainte Vierge.
Des influences adverses avaient persuadé le cardinal Guibert que des nécessités budgétaires exigeaient l'amoindrissement de St Nicolas. François Hautin ne pouvait guère accepter cette position diminuée. Mgr Coullié, devenu en 1878, évêque d'Orléans, le tira d'embarras en lui offrant vers le mois de juillet 1880, d'entrer dans son conseil épiscopal « avec la charge de s'occuper spécialement des petits séminaires et des écoles ecclésiastiques ».
Par la suite il fut nommé vicaire général du diocèse d’Orléans de 1887 à 1890.
Evêque d’Evreux
A la demande de Mgr Coullié, François Hautin fut appelé au siège épiscopal d’Evreux. Sélectionné le 3 juin 1890, confirmé le 26 juin, il fut ordonné et sacré, dans la basilique de Ste Croix, le 8 septembre 1890.
Juste après son sacre, il était à Tivernon le 10 septembre pour consacrer la nouvelle église car François Hautin était toujours resté très attaché à la paroisse de Tivernon. Ainsi, comme il l’a écrit au curé Gasnier de la paroisse de Tivernon en 1899; « Tivernon, paroisse de mes aïeux depuis le 17ème siècle ». « J’ai vu de mes yeux, pendant ma jeunesse, vers 1850, sous M le curé Doucet, la vieille église de Tivernon, pleine d’hommes, le dimanche, comme une église de Bretagne… » (Le curé Doucet a été curé de la paroisse de 1842 à 1856).
François Hautin fut donc évêque d’Evreux de 1890 à 1893.
On a décrit à cette époque Mgr Hautin, évêque d'Evreux :
«Il possédait les coeurs de tous ses prêtres. Ancien directeur du séminaire St Nicolas, il avait acquis la connaissance et la pratique des hommes. Ensuite, vicaire général de l'évêque actuel d'Orléans, il s'était formé au maniement des affaires. Il jouissait d'une grande réputation de sagesse, de bonté et de fermeté. Il avait un grand maintien ecclésiastique et beaucoup de dignité, tempérée par un air doux et modeste».
Archevêque de Chambéry
Sélectionné le 14 juin 1893, confirmé le 15 juin 1893, Mgr Hautin devint le nouvel archevêque de Chambéry à partir du 14 septembre 1893, après le décès de Mgr Leuillieux.
La cloche de la Basilique du Sacré-Cœur
Avant sa nomination, lors de la construction de la Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre, plutôt que de participer à une souscription nationale, les savoyards avaient préférés se distinguer en offrant une cloche. Pas n’importe quelle cloche puisqu’il s’agissait déjà à l’époque de la plus grosse cloche de France.
Elle était née d’une souscription ouverte le 29 janvier 1889 par les évêques des deux Savoie qui souhaitaient ainsi apporter leur contribution à l’édification du Sacré Cœur. A sa clôture le 18 décembre 1890, Monseigneur Leuillieux, archevêque de Chambéry, passa commande auprès de la Maison Paccard d’Annecy.
La cloche, toujours présente, pèse 19 tonnes. Elle a été fondue en 1895. Tirée par 28 chevaux, transportée à grand peine sur la hauteur, elle arriva dans la nuit du 16 octobre 1895 le jour de la Sainte Marguerite Marie (voir figure 7 ci-dessous).
La « Françoise Marguerite du Sacré Cœur de Jésus » fut baptisée le 20 novembre 1895 par Monseigneur Richard, archevêque de Paris. Comme le veut la tradition, on grava sur la cloche, à côté de son nom, celui de sa marraine, la Comtesse Ernest de Boigne et son parrain, Mgr Leuillieux, malheureusement décédé en 1893. Mgr Hautin, devenu archevêque de Chambéry, était présent en 1895 à la cérémonie de baptême de la cloche.
L’Echo de Tivernon et d’Oison
Trois ans après son arrivée dans la paroisse de Tivernon et d’Oison, le curé Félix Gasnier, à la fin de 1898, au mois de Novembre, fit paraître une humble revue mensuelle « l’Echo de Tivernon et Oison », destinée à rappeler leurs devoirs religieux à ses paroissiens, à relater les faits principaux de la vie quotidienne sur le territoire des deux communes, à relater les événements passés, à inscrire les naissances, mariages et décès. Il proposera également dans son BP (Bulletin Paroissial) la lecture de quelques poésies, le récit de ses voyages et pèlerinages. Il partageait aussi des recettes de cuisine, des astuces…..mais jamais ne parlait de politique. C’était la première fois qu’il faisait imprimer quelque chose. Il était remplit d’incertitudes sur l’avenir de son BP.
Heureux de ses écrits, le curé Félix Gasnier avait envoyé les 4 premiers BP à Monseigneur l’Archevêque de Chambéry (François Hautin) et ce dernier lui demanda, dans une lettre du 2 avril 1899, de le compter parmi ses abonnés. En effet, Mgr Hautin, à Chambéry, lisait régulièrement le bulletin paroissial de Tivernon et d’Oison que lui faisait parvenir le curé Gasnier. Ainsi, le 21 décembre 1899, Mgr Hautin écrivait de nouveau au curé Gasnier de Tivernon, pour l’encourager à continuer la rédaction de son bulletin paroissial.
Pour preuve de son attachement à la paroisse de ses aïeux, Mgr Hautin avait offert pour le tabernacle de l’église de Tivernon, un pavillon brodé par une de ses anciennes diocésaines d’Evreux.
Décès de Mgr François Hautin
En 1900, quelques années avant sa mort, 120 prêtres se trouvèrent réunis à Paris autour de lui pour lui donner une marque particulière de leur sympathie.
L'autel de la grande chapelle St Nicolas a été enlevé et on a détaché le vitrail de la Présentation (voir figure 7 ci-dessous), donné par Mgr Hautin en juillet1901.
La démolition en 1911 de l'ancien séminaire Saint Nicolas du Chardonnet permit la construction en 1930 de la maison de la Mutualité à cet emplacement, et la réalisation de la façade actuelle de l’église St Nicolas du Chardonnet.
Le 6 février 1907, François Hautin décède à Chambéry. Ses funérailles solennelles ont eu lieu à Chambéry, le lundi 11 février 1907 au matin. Dix évêques dont un cardinal avaient pris part à ces imposantes funérailles.
Blason de Mgr FrançoisHautin
Mgr Hautin fut non seulement un très grand ecclésiastique mais certainement un grand humaniste. Il possédait un idéal d'éducation. Pour lui, sa préoccupation principale était de dégager et de développer dans l’âme de ses élèves «la personnalité humaine».
Sources
Gallica
Archives départementales du Loiret
Bulletin paroissial de Tivernon et d’Oison
Histoire du séminaire de saint Nicolas du chardonneret 1612-1908 – par P. SCHŒNHER
Chateaubriand – Tome 2 – Mémoires d’Outre-Tombe – Le livre de poche – 1964
Madame Récamier dans son salon à l'Abbaye-aux-Bois – 1826 – Musée du Louvre
Musée Carnavalet
Archives de Paris
Article rédigé par Patrick Thauvin-Gasnier









