Charsonville : La disparition des boute-roues ?
Modifié le : 29/03/2026 18:15
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Cet article ne recense pas tous les boute-roues (ou chasse roue) situés sur la commune de Charsonville. Chaque personne de cette commune pourra, si elle le souhaite, faire un inventaire plus complet de ces pierres.
Le but de cet article est uniquement de vous présenter un « Petit patrimoine » que l’on ne regarde plus et qui va probablement disparaître car devenu fragile et inutile. L’étude se situe dans le bourg de Charsonville et traite les zones 1, 2 et 3 (voir figure 1 ci-dessous).
Préambule
Selon le dictionnaire de l’académie française, « bouteroue » est féminin alors que « chasse-roues » est masculin.
Selon également les régions ces pierres se nomment ; Boute-roues ou Bouteroue ou chasse-roues…..
Le mot « boute-roue » provient du verbe « bouter » c'est-à-dire: écarter, pousser.
Pour info
- Parmi tous les mots qui débute par « boute », il existe le mot »boute-selle » qui est un terme militaire pour désigner la sonnerie de trompette en usage dans l’armée, pour avertir les cavaliers de seller les chevaux et de monter à cheval.
- Quelques personnes portent le nom de « Bouteroue » dans le Loiret et à Paris.
Zone 1
Au centre du bourg de Charsonville, il existe aujourd’hui, de chaque côté de la route (zone 1), la trace d’un passé très fragile. Il s’agit de 5 bornes en pierre, dont l’usage a été oublié et qui servaient autrefois à protéger du choc des charrettes :
- les encadrements en maçonnerie des portes cochères (voir figure 2 ci-dessous)
- les angles de bâtiment (voir figure 3 ci-dessous, en 2026 et vers 1900)
- les descentes de gouttière vers le trottoir (voir figure 4 ci-dessous)
- le mur des habitations, quand la ruelle était très étroite et sans trottoir (voir figure 5 et paragraphe sur les trottoirs ci-dessous)
- les encadrements en maçonnerie des portes cochères et les descentes de gouttière (voir figure 6 ci-dessous)
- ….
Zone 2
Dans la zone 2 (voir plan de Charsonville ci-dessus), il existe aujourd’hui deux boute-roues endommagés qui servaient à protéger les piliers de la porte d’entrée à la cour.
Zone 3
Les boute-roues
Ces blocs en pierre dure, de forme conique et d’aspect lisse, laissés à l’état brut, s’appellent des boute-roues, bouteroues ou chasse-roues. Elles mesurent, pour celles situées dans le bourg de Charsonville, entre 50 cm et 1m de hauteur.
Ce mobilier villageois et urbain avait le rôle de protéger un édifice (encadrement de porte, mur, angle de maison, descente de gouttière, fontaine..) contre le ravage régulier ou accidentel des roues de charrettes et voitures en tout genre (voir figure 7 ci-dessous).
Cet obstacle permettait aussi d’éviter d'abîmer le moyeu des roues de charrette qui débordait.
En effet, les roues cerclées de bandes métalliques mais surtout les moyeux qui ressortaient de ces engins parfois de plusieurs centimètres, pouvaient mettre en péril les maçonneries.
Autrefois et jusqu’au milieu du 20ème siècle, les agriculteurs utilisaient régulièrement avec leurs charrettes (voir figure 8, 9 et 10) la porte cochère de leur ferme ou de leur cour. Il fallait donc qu’ils protègent, contre des chocs accidentels de leurs charrettes, les murs ou les piliers des portes. Ils utilisèrent donc un matériau solide, répandu et peu coûteux ; la pierre.
La fonction du boute-roue était donc d’écarter (d’où sa forme ronde et non carrée) la roue du mur en formant un obstacle (comme une glissière de sécurité) et en remettant le véhicule dans le « droit chemin ».
Il faudra attendre le remembrement avec l’arrivée des tracteurs et autres grands engins agricoles et la disparition des charrettes pour voir la création d’un « chemin de ceinture » autour du bourg. Ce chemin permettra d’éviter le passage des gros engins agricoles dans la grande rue principale car chaque agriculteur du bourg créa un chemin d’accès pour aller du chemin de ceinture à sa ferme. Ce nouvel accès traverse les ouches (jardins).
Il est possible que les boute-roues servent également de «borne-montoir» aux cavaliers ou aux paysans pour les aider à monter ou à descendre de cheval.
Ces pierres sont présentes depuis la création des charrettes. On en voit apparaître sur des représentations de scène du moyen Age (voir figue 11 ci-dessous).
A Beaugency
A Paris
Ces pierres posées dans nos villages Loire-Beauce, comme dans de nombreux villages de France, seront sans raffinement contrairement à ceux qui seront installés dans les villes et plus particulièrement au 19ème siècle au cours des grands travaux d’aménagement de Paris réalisés par Haussmann (voir figure 12 ci-dessous). A Paris, ils seront en métal et pour certains auront un superbe décor pour un objet très fonctionnel mais qui participait à l’esthétique de la façade des nouveaux immeubles haussmanniens.
Dans des quartiers plus pauvres de Paris, les boute-roues resteront en pierre (voir figure 13 ci-dessous).
François Villon
Vers 1450, il existait à Paris, rive droite, devant l’hôtel d’une demoiselle Catherine de Bruyères dont le cousin était l’évêque d’Orléans Thibault d’Aussigny, une grosse borne d’angle en pierre (voir figure 14 ci-dessous) appelée le « Pet au diable » Un soir, les étudiants de la rive gauche, emportent la pierre et la déplacent jusqu’à la montagne Ste Geneviève. La demoiselle en question porte plainte, la justice s’en mêle, et la pierre est transportée jusque dans la cour du Palais. Les étudiants sont mécontents et entrent dans la cour du Palais pour récupérer cette pierre. S’ensuivent des troubles à l’ordre public, des bagarres et des émeutes….On peut supposer que François Villon a du prendre part à cet événement.
Les boute-roues dans la BD
On rencontre encore dans les bandes dessinées (anciennes et récentes) des dessins des boute-roues.
Point de rencontre amoureuse
Dans le livre de Guy Bataille « Acoute que j’te cause », il est dit qu’à l’entrée des fermes, près des grandes portes, il y avait des boute-roues ou chasse-roues. Selon la coutume, c’est non loin de là que se faisaient, discrètement, les premières rencontres entre la jeune fille de la ferme et son amoureux.
Conclusion
En conclusion, ces pierres du « Petit patrimoine local », sont devenues inutiles, depuis l’apparition des voitures beaucoup plus maniables.
De plus, l’accès aux cours des fermes a souvent été agrandi pour laisser passer des tracteurs et engins agricoles volumineux et puissants. De même, la pose de portails métalliques et à ouverture automatique a définitivement faits disparaître ces pierres.
Sources
Merci à Mme Annick Lutton (membre LBE) de m’avoir offert cette idée d’article. Qu’elle en ait l’honneur.
Nantes Patrimonia – Yves –Marie Rozé
« Acoute que j’te cause » – Edité par la société Dunoise – Guy Bataille - 1988
Gallica
La France des artisans et des métiers de François Icher – édition de La Martinière – 2004
Martin – Brunor et Dominique Bar – Edition Mame – 2009
Les Pieds Nickelés – de René Pellos – Textes Montaubert – Edition Vents d’Ouest - 1990
« Je, François Villon » de Luigi Critone d’après Jean Teulé – édition Delcourt - 2017
Cartes postales anciennes de M Claude Dupuis (Charsonville)
Géoportail
Article rédigé par Patrick Thauvin-Gasnier









